
Le duo EIHWAR de Viking War Trance, où Asrunn et Mark mêlent folk nordique, percussions tribales et langues de transe pour créer une musique rituelle et viscérale, sort en 2026 son deuxième album. Le précédent, « Viking War Trance », sorti en 2024, a posé les bases de cette énergie brute et dansée. Avec « Hugrheim », EIHWAR dévoile la mythologie complète de son univers : un dixième monde caché d’Yggdrasil, entre ombre, lumière et visions de transe. Pour avoir vu le duo en concert l’an passé, il serait tentant de réduire EIHWAR à la seule puissance viscérale de leur prestation scénique ; pourtant, ce serait passer à côté de la richesse de leur univers et de la finesse de leur recherche philologique. Leur travail dépasse largement l’impact physique du live : il s’enracine dans une mythologie construite, une réflexion sur la langue, et une volonté de tisser un monde cohérent où chaque symbole, chaque son, chaque mot inventé porte un sens.
La pochette de « Hugrheim » frappe par sa simplicité : Mark et Asrunn y apparaissent en parfaite symétrie, lui aussi sombre qu’elle est lumineuse, le royaume des ombres répondant au royaume céleste. Le voyage commence par le livret, dont la lecture avant la première écoute nous éclaire sur la création de l’album et l’univers qu’il dévoile, offrant également une explication de la thématique de chaque titre.
On y découvre un texte fondateur, “Hugrheim, the Tenth World of Yggdrasil”, qui présente d’abord la cosmologie nordique traditionnelle avant de révéler un dixième monde, « Hugrheim » : le royaume de l’esprit, celui auquel appartiennent Mark et Asrunn. Deux entités capables d’interagir avec les humains par la transe et la possession spirituelle. “This text, entitled “Hugrheim, the Tenth World of Yggdrasil” describes the world we belong to.”. « Hugrheim » devient alors un passage, un pont vers un royaume ancien qui continue de résonner dans notre monde, un territoire intérieur où se mêlent mémoire, mythe et transformation.
Dès le premier titre, “Nauðiz”, la plongée est immédiate : un univers ancien s’ouvre, porté par des sonorités pourtant résolument modernes. Le cor retentit, la meute s’élance à l’appel de l’Immortel, “Ódauðligir”. Le morceau nous entraîne dans une danse sacrée, guidée par les percussions et les appels entremêlés de Mark et d’Asrunn.
Présenté comme le deuxième single annonçant l’album, “Nauðiz” s’accompagne d’un clip réalisé par Samuel Maurin, tout en contrastes : la froideur brute de la pierre y répond à la lumière dorée de la forêt. Entre mort et résurrection, on y voit un mystérieux poursuivant au masque d’oiseau décocher une flèche sur Asrunn, avant que celle‑ci ne renaisse pour prendre les armes et abattre son bourreau. Une mise en scène qui condense parfaitement les thèmes de l’épreuve, de la nécessité et de la transformation.
Ce premier morceau frappe fort. À mes yeux, c’est le morceau le plus accrocheur de l’album, celui dont il est difficile de se défaire. Un titre choral, irrésistible, qui donne envie d’accompagner le duo, en danse ou en chant.
Parfaite transition avec le titre précédent, “Freyja’s Calling” insuffle une énergie encore plus vive tout au long du morceau. Les percussions y jouent un rôle central : elles donnent l’élan nécessaire pour avancer, survivre, persévérer. À mesure que le titre progresse, elles deviennent plus métalliques, plus martelées, comme si la musique se mêlait au geste d’un forgeron façonnant le destin au rythme de son enclume.
Ce morceau s’accompagne lui aussi d’un clip, dans une continuité parfaite avec l’univers visuel de l’album. On y voit Asrunn offrir une danse cérémoniale, invocation en mouvement destinée à nous relier à Freyja, déesse de l’amour, de la beauté et de la puissance vitale.
Après “Ein”, et la longue complainte d’Asrunn pour invoquer Mark, une première rupture s’opère avec “Skuggaríki”. La plongée dans le Hugrheim devient plus profonde : nous quittons la surface pour descendre vers les souvenirs enfouis depuis des temps immémoriaux. Un nouveau passage se révèle, un tunnel entre notre monde et celui que nous cherchons à retrouver.
Le texte, à peine murmuré, prend la forme d’un chant rituel. Sur une trame très métallique, la tagelharpa se mêle aux percussions pour composer un morceau presque entièrement instrumental, comme une incantation chuchotée dans l’obscurité.
De nouveau, nous sommes dans la forge : il s’agit de façonner l’arme qui nous permettra d’affronter la suite. Mais cette fois, ce sont des forces plus anciennes, plus obscures, qui se lèvent pour nous accompagner. Pour poursuivre la traversée, il nous faut abandonner une part de ce que nous sommes aujourd’hui. À partir de là, le reste de l’album s’assombrit, gagne en gravité, avant d’atteindre le dixième monde.
“There is a tenth world, hidden and unknown to men, called Hugrheim, for it is shaped by the Hugr, the spirit. In this realm dwell the invisible forces of the soul and consciousness.” Nous atteignons enfin l’ancien monde tant recherché, « Hugrheim ». Le morceau a quelque chose d’épique : après le chant rituel des titres précédents, voici venir le chant guerrier, porté par le battement profond du tambour. Il évoque le voyage, le passage, mais aussi le retour à la vie : « À Hugrheim, nous revenons ».
La quête cesse d’être une recherche, elle devient un retour. “Ljósgarðr”, chant au coin du feu, dans les heures les plus sombres de la nuit, où la voix claire d’Asrunn se mêle à celle profonde de Mark. Un temps de pause dans l’histoire, pour nous conter les mythes anciens.
Avec “Heill Óðinn”, il est temps de rassembler l’énergie nécessaire pour poursuivre le voyage. Le morceau s’ouvre comme un appel, un souffle qui remonte des profondeurs : le cri du loup de Mark, lancé pour saluer Odin, résonne comme une invocation guerrière. C’est un chant de ralliement, une manière de lever les yeux vers le dieu qui veille sur les voyageurs, les combattants et les errants des mondes.
Une nouvelle rupture s’opère dans l’histoire pour “The Lake of the Dead”. Le morceau a quelque chose de résolument cinématographique, avec une construction complexe qui n’est pas sans me rappeler “Gollum’s Song” d’Emilíana Torrini, qui clôturait le deuxième volet du Seigneur des Anneaux.
Le texte ouvre une nouvelle lecture : “Then the call to the Tenth World, I can’t resist / Then the call of Asrunn, I can’t resist”. On y sent le tiraillement entre les mondes, l’attraction irrépressible du Hugrheim et le lien qui unit Mark et Asrunn.
“Omenotharena” relance la dynamique pour une préparation au combat et peut-être un retour au monde réel, avec ses sonorités électro.
Le voyage prend fin avec le dixième titre de l’album, “Berserkr”, qui nous ramène brutalement à la réalité. Ce morceau, issu du premier album d’EIHWAR, se dévoile ici dans une version inédite, hommage à leur ami Tim K. Robb, disparu début 2025, qui travaillait avec le duo sur la traduction et la construction des textes.
Cette version offre une grande sobriété : voix et guitare, rien de plus, pour que seules les émotions soient reines. Le guerrier y fait face à la mort, se relève sans crainte et avance, libéré de ses chaînes. Une conclusion dépouillée et intime.
Avec « Hugrheim », EIHWAR signe un album cohérent, où chaque titre, chaque texte, chaque choix esthétique participe à la construction d’un univers complet. Le duo dépasse la performance scénique pour proposer une œuvre pensée, documentée, nourrie de recherches linguistiques et mythologiques. « Hugrheim » confirme qu’EIHWAR n’est pas qu’un phénomène scénique : c’est un projet artistique total, qui inscrit durablement sa signature dans le paysage du folk nordique contemporain.
Afin de fêter dignement la sortie de leur nouvel album, le duo se lance au printemps dans une tournée européenne, en compagnie de MIRA CETI (HEILUNG). Les rejoindrez-vous pour une nuit Pagan Folk ?

Artiste : EIHWAR
Album : Hugrheim
Date de sortie : 13 mars 2026
Label : Season of Mist





