Chronique – BEES MADE HONEY IN THE VEIN TREE « In Between Strides »

Dès les premières notes, le voyage commence, dans un autre monde. Un monde suspendu, aérien, presque irréel. On se laisse porter par cette sensation de rêve flottant entre deux mondes, avant que l’ensemble ne s’intensifie peu à peu et prenne une ampleur plus complexe, plus profonde. Les textures se superposent, s’étirent, les atmosphères s’épaississent et l’on se retrouve doucement happé par ce qui se joue entre les silences et les envolées.
Avec « In Between Strides », les Allemands de BEES MADE HONEY IN THE VEIN TREE, originaires de Stuttgart, continuent de brouiller les frontières entre les genres. Le groupe évolue ici entre shoegaze, post-rock, rock psychédélique et doom, avec une approche beaucoup plus mélodique et organique. Un savant mélange où la lourdeur laisse davantage de place à l’espace, à la respiration et à la contemplation.
Le tout repose sur un juste équilibre mélodique, texturé et planant. On est dans une musique qui ne cherche pas forcément à se livrer immédiatement. Elle demande du temps, de l’attention, et surtout de se laisser porter.
“Respite”, en acoustique, est un pur bonheur. Une parenthèse suspendue, presque fragile, qui vient apporter une lumière différente, intime.
Puis arrive “Elisa”, quatrième morceau et véritable cœur de l’album. Neuf minutes trente-quatre d’un long chemin sinueux, fait d’expérimentations et de détails. Le piano, les toms de batterie étouffés. Tout semble fonctionner au ralenti, comme si le temps lui-même venait de se dilater. On avance sans réellement savoir vers quoi, et c’est justement cette absence de direction évidente qui rend le morceau fascinant. Une impression d’introspection permanente, de recherche, comme si chaque note tentait de trouver une réponse sans jamais être certaine de vouloir la formuler.
Cette sensation de recherche traverse finalement tout « In Between Strides ». Le titre de l’album lui-même semble évoquer cet état de transition, cet espace entre deux pas, entre deux certitudes. Et la musique épouse parfaitement cette idée. Rien n’est complètement figé. Tout évolue, se transforme, disparaît pour mieux réapparaître autrement.
La conception même du disque semble avoir laissé une place importante à cette spontanéité. Les morceaux ont été enregistrés dans différents lieux : cave, scène, balcon, salon, local de répétition ou encore le studio où le groupe avait enregistré « Medicine« , donnant au disque une approche plus organique, moins enfermée dans un seul espace sonore.
Et puis vient “Return, Precipice”.
Le dernier morceau contraste avec tout ce qui précédait. Plus lourd, plus rapide, plus tendu, plus enragé. Comme une rupture après cette longue traversée contemplative. Une réponse finale, peut-être, à toutes ces questions restées en suspens.
C’est aussi ce contraste qui donne tout son relief à l’album. Après avoir passé autant de temps à flotter, observer, questionner et se perdre, il fallait bien finir par retomber quelque part.
« In Between Strides« est un album surprenant, qui brouille les pistes du genre et navigue entre mélodie, contemplation, remise en question et perception. Une œuvre qui préfère suggérer plutôt qu’imposer, qui prend son temps et laisse les émotions se développer naturellement.
Un album qui ne cherche pas forcément à donner les réponses, mais qui nous laisse avec cette étrange impression d’avoir parcouru quelque chose d’étrange et de beau.

Artiste : BEES MADE HONEY IN THE VEIN TREE
Album :
In Between Strides
Date de sortie : 18/09/2026
Label : Magnetic Eye Records




