Live Report BEARTOOTH + SILVERSTEIN + KINGDOM OF GIANTS – 01/10/2026 – L’Elysée Montmartre – Paris

Fanny photographe et rédactrice pour Metal Rock Magazine, était sur place pour immortaliser cette soirée !
Il y a des concerts dont on connaît plus ou moins le scénario avant même que les lumières ne s’éteignent. Et puis il y a ceux qui prennent une dimension que l’on n’avait pas forcément anticipée. Ce soir, c’est dans la mythique salle de l’Élysée Montmartre que trois groupes, trois histoires et trois façons très différentes de vivre la scène vont se succéder. De la découverte de Kingdom of Giants aux retrouvailles avec Silverstein, avant un Beartooth chargé d’une émotion toute particulière, cette soirée parisienne aura finalement été bien plus qu’une simple date de tournée.
Kingdom Of Giants
La découverte.
KINGDOM OF GIANTS est pour moi une découverte totale. Je connaissais le groupe de nom, mais sans avoir réellement pris le temps de me plonger dans leur musique. Et parfois, c’est encore la meilleure façon de découvrir un groupe : directement sur scène, sans attente particulière, sans morceau que l’on guette, simplement en se laissant surprendre.
Et la surprise est très bonne.
L’une des premières choses qui me frappe chez les Californiens, c’est leur cohésion. Il y a quelque chose de particulièrement naturel dans leur manière d’occuper la scène et d’interagir entre eux. Les voix se répondent, les musiciens bougent constamment et l’ensemble dégage une vraie sensation d’unité.
Malgré le rôle parfois ingrat d’ouvrir une soirée, KINGDOM OF GIANTS ne donne jamais l’impression d’être là simplement pour faire patienter le public avant les deux groupes suivants. Au contraire, ils défendent leur set avec une énergie communicative et parviennent progressivement à embarquer l’Élysée Montmartre avec eux.
Mais au-delà de leur musique, c’est surtout cette impression de véritable collectif qui me reste. On sent un groupe soudé, une vraie complicité entre ses membres et une énergie qui ne repose jamais uniquement sur son frontman. Chacun participe à ce qui se passe sur scène, et cette cohésion rend leur prestation particulièrement vivante.
C’est exactement le genre de découverte que j’aime faire en concert : arriver sans savoir véritablement à quoi m’attendre et repartir avec l’envie de lancer leur discographie dès le lendemain.
KINGDOM OF GIANTS aura donc parfaitement rempli son rôle ce soir, et même un peu plus : celui de la très bonne surprise de cette soirée.
SETLIST — KINGDOM OF GIANTS
Asphalt
Wasted Space
Respawn
Smoke
The Edge of a Dream
Reign
Silverstein
Plus de vingt ans et toujours ce même plaisir.
Avec SILVERSTEIN, le rapport est évidemment complètement différent.
Cela fait maintenant une bonne vingtaine d’années que je les écoute. Je les ai vus plusieurs fois au fil des ans, et encore récemment au Trabendo. Pourtant, il y a quelque chose qui ne change jamais vraiment lorsque je les retrouve sur scène : cette énergie et, surtout, le plaisir évident qu’ils prennent encore à jouer ensemble.
SILVERSTEIN pourrait facilement se reposer sur son histoire. Plus de vingt ans de carrière, des morceaux devenus incontournables pour toute une génération et un statut qui n’est plus vraiment à prouver. Pourtant, rien dans leur attitude ne donne l’impression d’assister au concert d’un groupe venu simplement dérouler une setlist parfaitement maîtrisée.
Ils sourient. Beaucoup.
Ils se cherchent du regard, s’amusent entre eux et semblent sincèrement heureux d’être là. Cette complicité est communicative et c’est probablement l’une des choses que j’aime le plus chez eux. Malgré les années, les tournées et les centaines de concerts, ce plaisir de jouer ensemble semble intact.
Et forcément, lorsque l’on suit un groupe depuis aussi longtemps, les voir ainsi procure une sensation particulière.
Dès « Negative Space » et « Drain the Blood », on retrouve cette énergie si caractéristique du groupe. Puis arrivent les morceaux qui font immédiatement remonter les souvenirs. « Smashed Into Pieces », « Your Sword Versus My Dagger » ou encore « My Heroine » rappellent à quel point Silverstein fait partie de ces groupes dont certaines chansons ont accompagné toute une génération.
Mais SILVERSTEIN ne vit pas uniquement dans la nostalgie. « The Altar », « Infinite », « Stress » ou « Bad Habits » s’intègrent parfaitement à un set qui traverse les différentes périodes de leur carrière sans jamais perdre en cohérence.
La fosse répond présente, les refrains sont repris avec ferveur et le groupe rappelle, une nouvelle fois, pourquoi il conserve une place aussi particulière dans cette scène.
Les années passent, les salles changent et nous changeons avec elles. Moi-même, je ne suis évidemment plus la même personne que lorsque j’ai commencé à écouter SILVERSTEIN. Pourtant, lorsque certains morceaux résonnent, quelque chose reste exactement à la même place.
Et lorsque « Smile in Your Sleep » puis « Bleeds No More » viennent refermer le set, je retrouve exactement ce que je viens chercher à chaque concert de Silverstein : de l’énergie, des souvenirs et cinq gars qui semblent toujours aussi heureux de partager une scène ensemble.
SETLIST — SILVERSTEIN
Negative Space
Drain the Blood
Smashed Into Pieces
Your Sword Versus My Dagger
The Altar
Infinite
The Afterglow
Stress
Bad Habits
My Heroine
Smile in Your Sleep
Bleeds No More
Beartooth
Un retour chargé d’émotion.
Puis vient BEARTOOTH.
Et cette fois, difficile de faire abstraction du contexte.
Ce retour sur scène avait une importance toute particulière pour Caleb Shomo. Après les annonces très personnelles qu’il avait faites ces derniers mois et tout ce qui avait pu les accompagner, il ne cachait pas une certaine appréhension à l’idée de retrouver le public.
Alors lorsque BEARTOOTH investit la scène de l’Élysée Montmartre, le concert possède forcément une saveur différente.
«Pure Ecstasy» donne le coup d’envoi et, immédiatement, la machine BEARTOOTH se met en route. «Bullshit» enchaîne avant que «Beaten in Lips», «Hated» et surtout «In Between» ne nous ramènent vers les premières années du groupe.
Et c’est là que le chemin parcouru devient presque vertigineux.
Certaines de ces chansons sont nées de périodes particulièrement sombres de la vie de Caleb, nourries de colère, de mal-être et d’une nécessité presque viscérale de mettre des mots sur ce qu’il traversait. Les entendre aujourd’hui, interprétées par l’homme qui se tient devant nous, leur donne forcément une résonance différente.
Car quelque chose semble avoir changé chez Caleb.
Il paraît plus libre. Plus flamboyant, plus affirmé aussi. Cette nouvelle assurance se retrouve dans son attitude, son look et sa manière d’occuper la scène. Pourtant, derrière cette confiance se devine également une certaine vulnérabilité.
Et c’est précisément ce contraste qui rend cette soirée aussi touchante.
«Beautiful Again» prend alors une dimension toute particulière, avant que «Bad Listener» et «Disease» ne viennent rappeler que, malgré son évolution, BEARTOOTH n’a rien perdu de sa puissance.
C’est peut-être cela qui me touche le plus avec ce groupe : avoir pu assister, album après album, à une évolution qui dépasse largement la musique. Les textes de Caleb ont longtemps documenté ses combats intérieurs de manière extrêmement brute. Puis, progressivement, sont apparues la reconstruction, l’acceptation de soi et cette volonté de ne plus seulement survivre, mais de vivre pleinement.
Et ce soir, cette évolution semble prendre corps devant nous.
Sur scène, Caleb rayonne. Il sourit, joue avec le public, se donne entièrement. Pourtant, à plusieurs reprises, l’émotion affleure. Derrière le frontman capable de retourner une salle en quelques secondes, on sent aussi l’homme qui se demandait probablement comment il allait être accueilli après s’être dévoilé aussi intimement.
La réponse de l’Élysée Montmartre ne tarde pas à arriver.
Elle est dans les cris, dans les paroles reprises en chœur, dans les sourires, dans les larmes et dans cette énergie qui circule entre la scène et la salle.
«Sunshine!», «The Past Is Dead», puis un solo de batterie de Connor nous conduisent progressivement vers la dernière partie du concert. «Stadiums» et «Eyes Closed» représentent le nouveau BEARTOOTH tandis que «Riptide» et «Might Love Myself» incarnent cette période où la lumière a commencé à prendre une place beaucoup plus importante dans l’univers du groupe.
Et au milieu de tout cela, «The Lines» nous ramène brutalement à « Disgusting ».
Presque toute l’histoire de BEARTOOTH se retrouve ainsi condensée dans un même concert.
À mesure que la soirée avance, quelque chose semble également se relâcher chez Caleb. Comme si l’appréhension pouvait progressivement laisser sa place au soulagement, puis simplement au plaisir d’être là.
Et lorsqu’il prend finalement la parole, l’émotion jusque-là contenue devient impossible à cacher.
Ce moment me touche particulièrement.
Après toute l’énergie déployée pendant le show, voir Caleb ainsi ému crée un contraste saisissant. Pendant quelques instants, le frontman laisse simplement apparaître l’homme derrière BEARTOOTH. Celui qui a douté, qui a appréhendé ce retour et qui se retrouve désormais face à une salle entière venue lui témoigner son soutien.
L’Élysée Montmartre, pourtant remplie de monde, semble alors presque devenir intime.
Et c’est probablement l’image que je garderai de cette soirée.
Pas uniquement celle d’un Caleb Shomo spectaculaire, ni celle d’un Beartooth capable de retourner une salle. Mais celle d’un artiste profondément ému de constater que, de l’autre côté de la scène, son public est toujours là.
On parle souvent de l’évolution de BEARTOOTH en opposant les différentes périodes du groupe : la violence et le désespoir des débuts, l’introspection, puis cette lumière qui s’est progressivement installée dans la musique de Caleb. Sur scène, pourtant, toutes ces versions semblent pouvoir coexister.
Elles ne s’opposent finalement pas.
Elles racontent les différentes étapes d’une même histoire.
Celle d’un homme qui a longtemps écrit pour survivre et qui semble aujourd’hui avoir décidé de vivre pleinement, sans s’excuser d’être celui qu’il est.
Et peut-être est-ce pour cela que ce concert m’a autant émue.
J’étais venue retrouver BEARTOOTH sur scène. J’ai finalement eu l’impression d’assister à quelque chose de beaucoup plus humain : Caleb Shomo retrouvant son public après une période qui aura profondément bouleversé sa vie.
Et ce soir, dans la mythique salle de l’Élysée Montmartre, Paris lui a répondu de la plus belle des manières.
Et parce qu’il faut bien assumer le petit moment « fangirl » de cette soirée : après le concert, Caleb nous a rejoints et nous avons eu la chance de discuter avec lui pendant quelques minutes.
Un échange tout simple, loin de l’effervescence de la scène, durant lequel il s’est confié sur les appréhensions qu’il avait pu avoir avant de retrouver le public. Pouvoir mettre quelques mots sur ce que l’on venait de vivre dans la salle, directement avec lui, a rendu le moment particulièrement touchant. Il était disponible, sincère et encore visiblement marqué par la soirée.
Quelques minutes seulement, mais de celles qui prolongent un concert d’une manière totalement différente. Et je ne vais clairement pas prétendre avoir gardé mon calme intérieur : après toutes ces années à suivre BEARTOOTH, terminer cette soirée à discuter tranquillement avec Caleb au pied de la scène avait quelque chose d’assez irréel.
Voilà. Instant « fangirl » pleinement assumé et probablement l’un de mes plus beaux souvenirs de cette soirée.
SETLIST — BEARTOOTH
Pure Ecstasy
Bullshit
Beaten in Lips
Hated
In Between
Beautiful Again
Bad Listener
Disease
Free
Sunshine!
The Past Is Dead
Drum Solo
Stadiums
Eyes Closed
Riptide
The Lines
Might Love Myself

























































