
Dans le soufre et la vitesse : RUYNED ouvre le rituel de « Profanum Sacrificium »
Avec « Profanum Sacrificium », RUYNED ne polit rien, ne tempère rien, ne ralentit jamais vraiment. Le groupe roumain préfère foncer, salir, brûler, comme si chaque riff devait arracher un morceau de nuit.
Originaire de Timișoara, RUYNED appartient à cette famille de formations qui regardent le metal extrême dans le rétroviseur, non par nostalgie molle, mais pour y retrouver le venin originel. Celui du black/thrash, du speed metal noirci, des guitares qui griffent et des rythmiques qui semblent courir vers leur propre exécution. Après « Eternal Torment » et la déflagration plus ramassée de « Sex’n Speed », « Profanum Sacrificium » prend la forme d’un rite plus complet, plus frontal, comme si le groupe avait décidé de transformer son instinct en manifeste.
Le disque avance vite, mais pas à l’aveugle. Dès « Intro », l’atmosphère se charge. On entre moins dans un album que dans une crypte mal éclairée. Puis « Speedchain » et « Sex’n Speed » lâchent les chiens, avec cette sensation d’un moteur lancé trop fort sur une route trop étroite. La musique de RUYNED n’a pas besoin de longues démonstrations, elle frappe court, elle frappe sec, elle laisse l’odeur du soufre derrière elle.
Il y a dans « Sex Commander 666 » et « Orgasm Through Death » une outrance assumée, presque cartoon dans son blasphème, mais jamais inoffensive. RUYNED joue avec l’imagerie la plus impure du genre, le sexe, la mort, le sacrilège, et la provocation, comme on agite des torches dans un tunnel. Tout est excessif, oui, mais l’excès est ici une langue. Celle d’un metal qui préfère la morsure au confort, le rire mauvais à la bienséance, la vitesse au compromis.
Le cœur du rituel se dévoile avec « Profanum Sacrificium ». Le titre sonne comme une inscription gravée sur une pierre d’autel : court, direct, cérémoniel. Autour, « Daemonis Ritualis » agit comme une invocation, presque un interstice, avant que « Malleus Maleficarum » et « Witches Gallöw » ne replongent dans un imaginaire de chasse, de potence et de malédiction. RUYNED ne raconte pas une histoire au sens classique, il assemble des visions, des éclairs, des symboles noirs, et les propulse à pleine vitesse.
La force du trio repose sur cette tension entre sauvagerie et discipline. Bogdan Mateescu porte le chant et la guitare comme une arme principale, Tiberiu Olescher ancre la basse dans une matière épaisse, tandis que Mihai Marinescu pousse la batterie dans une urgence constante. Rien ici ne cherche la finesse décorative ; pourtant, sous le chaos apparent, on entend une vraie volonté de construction, une manière de canaliser la violence pour qu’elle reste lisible, efficace, mémorable.
Avec « Profanum Sacrificium », RUYNED signe un disque de black/thrash/speed metal qui sent la cave, la cendre et le cuir chauffé. Ce n’est pas une musique de demi-teinte, encore moins une proposition pour oreilles fragiles. C’est un album qui avance comme un sabbat motorisé, un cri adolescent devenu culte souterrain, un sacrifice profane jeté dans les flammes pour rappeler une chose simple, parfois, le metal n’a pas besoin d’être moderne pour sonner vivant.
Il lui suffit d’être dangereux.

Artiste : RUYNED
Album : Profanum sacrificium
Date de sortie : 26 juin 2026
Label : Osmose productions




