
XANDRIA — « Eclipse » : le soleil noir d’un monde qui refuse de s’éteindre.
L’éclipse n’est jamais la victoire de la nuit. Elle n’est qu’un instant suspendu durant lequel la lumière disparaît derrière une ombre, laissant les hommes face à ce qu’ils deviennent lorsqu’ils ne voient plus le chemin.
Avec « Eclipse », son nouvel album attendu le 7 août 2026 chez Napalm Records, XANDRIA transforme ce phénomène céleste en une vaste métaphore de notre époque, un monde dont le soleil demeure vivant, mais que recouvrent peu à peu les ténèbres de la peur, du mensonge et du renoncement. Onze chansons composent ce voyage, onze astres gravitant autour d’une même inquiétude, sans jamais se ressembler tout à fait.
Avant même que la musique ne s’élève, la pochette ouvre les portes de cet univers. Signée Mary Cox, elle ressemble à une gravure retrouvée dans les ruines d’une civilisation oubliée. Tout y est d’or, de bronze et de cendre. Au centre, un soleil noir dévore le ciel tandis que sa couronne lumineuse tente encore de traverser l’obscurité. Devant lui, un aigle aux ailes déployées et un dragon aux mâchoires ouvertes se font face dans un combat immobile. Autour d’eux s’enroulent des serpents, des rouages, des roses, des crânes et des vestiges de savoir, comme si la nature, la puissance, la science et la mort avaient été convoquées devant le tribunal du temps.
Cette image n’annonce pas seulement un album de metal symphonique mais elle en révèle la lutte intérieure. L’aigle et le dragon peuvent être vus comme deux forces irréconciliables, deux vérités prêtes à s’entre-dévorer sous un ciel privé de lumière. Pourtant, aucun des deux n’a encore vaincu. Tout demeure en équilibre, dans cet instant fragile où l’histoire peut basculer vers la renaissance ou vers l’abîme. La pochette ne montre donc pas la fin du monde, mais la seconde qui la précède, celle où tout dépend encore de nous.
Après « The Wonders Still Awaiting », paru en 2023 et marqué par l’arrivée d’une nouvelle formation autour de Marco Heubaum et de la chanteuse Ambre Vourvahis, « Eclipse » ne se contente pas de poursuivre le chemin. Il l’élargit jusqu’à l’horizon. Le précédent album avait rouvert les portes du royaume ; celui-ci les franchit avec une assurance plus sombre, une écriture plus directe et des contrastes davantage assumés. Là où XANDRIA contemplait autrefois les merveilles qui pouvaient encore advenir, le groupe regarde désormais les ombres qui menacent de les engloutir.
Musicalement, « Eclipse » promet un ciel traversé de météores contraires. Les riffs de heavy metal inspirés des années 1980 rencontrent des guitares modernes accordées plus bas, lourdes comme des portes de cathédrale. Les orchestrations cinématographiques se mêlent aux brumes du folklore celtique ; des nappes électroniques obscures s’insinuent entre des moments de rock plus nus, plus proches de la peau. Même la guitare abandonne parfois les murailles du metal pour chercher, dans les lointains de PINK FLOYD, une mélancolie plus aérienne. Chaque morceau possède ainsi son propre climat, mais tous semblent éclairés par le même soleil mourant.
Cette diversité n’est pas un simple exercice de style. Elle devient le langage même du disque. Marco Heubaum, unique compositeur de l’album, envisage la musique comme une partition de cinéma, non comme un genre fermé, mais comme une palette dans laquelle chaque couleur doit servir l’histoire. L’influence de compositeurs tels que Hans Zimmer et John Williams se devine dans cette volonté d’ériger les chansons en paysages, de donner aux guitares la profondeur d’un décor et aux chœurs la hauteur d’un ciel.
Mais sous les ors de l’orchestre, le cœur de « Eclipse » demeure profondément terrestre. Le titre désigne autant l’effacement momentané du soleil que l’obscurcissement possible de la civilisation. Le disque se tourne ouvertement vers les secousses du présent : le recul de la raison, l’épuisement de l’empathie, les attaques contre la démocratie, le pluralisme et l’idée même d’une société ouverte. Jamais XANDRIA n’avait porté aussi loin sa parole politique. Le groupe ne cherche pas à prononcer un sermon, mais à tendre une flamme à ceux qui refusent de considérer la nuit comme une fatalité.
Les titres dessinent déjà les fragments d’une cosmogonie. « Syzygy », terme désignant l’alignement de plusieurs corps célestes, ouvre naturellement le passage avant que « Eclipse » ne fasse tomber son voile sur le soleil. Puis viennent « Colours », « The Shannon’s Home », « The Grand Delusion », « Wave of Tanis », « Northstar », « Masquerade », « The Last Generation », « The Poetry of the Real World » et enfin « Lore ». À eux seuls, ces noms racontent un voyage entre astronomie et légende, illusion collective et vérité sensible, disparition des repères et recherche d’une étoile capable de guider les survivants.
Parmi les premiers éclats révélés, « The Shannon’s Home » prend la forme d’un conte légèrement obscur. Le fleuve Shannon y devient l’image d’une existence humaine : il naît d’une source encore fragile, traverse les terres, emporte les jours et les blessures, puis rejoint enfin l’immensité de la mer. La chanson fut la première écrite pour ce nouveau chapitre, comme si toute l’architecture de l’album avait commencé par cette eau en mouvement, par ce courant qui sait que sa destination est inévitable mais qui continue malgré tout d’épouser chaque rive.
Avec « Colours », le groupe affirme au contraire la beauté de la multiplicité. Différentes voix, différentes perspectives et différentes émotions y deviennent les nuances nécessaires d’un même tableau. Dans un album traversé par la menace de l’uniformité et de l’obscurcissement, la couleur prend presque valeur de résistance : elle rappelle que le monde ne devient pas plus solide lorsqu’il efface ses différences, mais lorsqu’il apprend à les faire vivre ensemble. « Northstar », troisième morceau déjà dévoilé, prolonge cette idée de traversée en faisant apparaître, au-dessus des ténèbres, l’étoile fixe autour de laquelle l’être humain peut encore orienter sa route. Ces trois morceaux sont disponibles en amont de la parution complète du disque.
Au centre de cette architecture se dresse la voix d’Ambre Vourvahis. Sur le morceau-titre, elle parcourt presque tout son territoire vocal. La fragilité d’un chant intime, la puissance d’une voix rock, les profondeurs du growl et l’élévation de passages opératiques. Sa voix ne se contente plus de survoler l’orchestre mais elle en devient tour à tour la lumière, la blessure et le monstre caché. Elle peut ressembler à une prière murmurée dans une chapelle vide, puis se briser soudain en un grondement venu des fondations de la terre.
Autour d’elle, l’album convoque tout un peuple d’instruments et de présences. La violoniste Ally Storch, membre de Subway to Sally, apparaît sur « Lore ». Les tin et low whistles de McAlbi soufflent leurs brumes celtiques sur quatre morceaux, dont « The Shannon’s Home », « Northstar » et « Masquerade ». « The Last Generation » accueille un chœur d’enfants ainsi que le piano de Richard Z. Wang, tandis que le SOFIA SESSION ORCHESTRA & CHOIR apporte au disque sa profondeur cinématographique. Les orchestrations ont été confiées à Lukas Geppert et Ishaan Tyagi, deux compositeurs travaillant dans l’univers du cinéma.
Les voix ont été façonnées par Marco Heubaum et Ambre Vourvahis au Neverworld Studio, loin de la pression d’un studio extérieur et de son horloge impitoyable. Ce temps retrouvé semble essentiel : les chansons ont pu mûrir comme des paysages, recevoir leurs ombres, leurs reliefs et leurs silences. Le disque a ensuite été mixé et masterisé par Jacob Hansen, chargé de donner une unité à cette mosaïque de metal moderne, de folk, d’électronique et de musique orchestrale.
« Eclipse » apparaît ainsi comme bien davantage qu’un nouvel édifice symphonique. C’est un album dressé entre deux âges, lorsque les anciennes certitudes se fissurent et que les suivantes ne sont pas encore nées. Un disque de ténèbres, certes, mais de ténèbres traversées d’or. Car derrière le soleil noir de sa pochette demeure une couronne ardente. Derrière les dragons, les crânes et les engrenages subsistent les roses. Et derrière les voix qui annoncent la dernière génération s’élève encore une musique assez vaste pour rappeler que l’ombre, aussi immense soit-elle, ne produit jamais sa propre lumière : elle ne peut qu’emprunter celle qu’elle tente de cacher.

Artiste : XANDRIA
Album : Eclipse
Date de sortie : 7 août 2026
Label : Napalm records




