
Electric Callboy : quand le dancefloor rencontre le moshpit
Peu de groupes auront réussi à transformer un mélange aussi improbable en véritable signature sonore qu’ELECTRIC CALLBOY. À la base, l’idée pouvait ressembler à une mauvaise blague racontée à 3h du matin après trop de boissons énergisantes : prendre des riffs metalcore, les mélanger à de l’eurodance, ajouter des synthés façon club des années 2000 et saupoudrer le tout d’une bonne dose d’autodérision. Pourtant, là où beaucoup auraient sombré dans le simple gimmick, les Allemands ont construit un univers qui leur appartient entièrement.
Avec ce nouvel album, ELECTRIC CALLBOY ne cherche pas à réinventer la roue. Et finalement, pourquoi le faire quand cette roue est déjà équipée de néons, de flammes et prête à foncer dans un circle pit ? Le groupe préfère enrichir sa formule, continuer à jouer avec ses influences et prouver qu’on peut évoluer sans abandonner ce grain de folie qui fait son identité.
L’ouverture avec « Tanzneid » remet immédiatement les pendules à l’heure. Dès les premières secondes, on retrouve cette recette devenue presque une marque déposée : des riffs massifs, une électronique omniprésente et cette capacité étrange à transformer un breakdown en un moment où l’on a envie de lever les bras, comme dans une soirée années 2000. Le morceau s’inscrit dans la continuité de « Tekkno », avec cette énergie XXL qui semble déjà pensée pour les festivals où des milliers de personnes finiront probablement par danser avant même de comprendre comment elles en sont arrivées là.
Derrière son énergie communicative, « Heartbeats » dévoile une facette plus nostalgique du groupe. Certains passages rappellent les premières années de BRING ME THE HORIZON, notamment l’époque de « Count Your Blessings », lorsque le deathcore flirtait encore avec des mélodies plus accessibles. On retrouve cette brutalité adolescente, celle des années où les profils Myspace affichaient des photos prises avec une webcam de mauvaise qualité, des mèches dans les yeux et des groupes favoris remplis de « xX » et de « 666 ». Mais ELECTRIC CALLBOY ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur : le groupe transforme cette nostalgie en quelque chose de beaucoup plus festif, avec un refrain qui ne pourrait appartenir à personne d’autre.
À l’opposé, « The Way You Are » plonge complètement dans cette nostalgie pop-culture. Le morceau semble sortir d’une époque où MTV passait encore des clips en boucle, où les lecteurs MP3 débordaient de chansons téléchargées illégalement et où chaque skatepark résonnait entre pop punk, néons et hoodies trop larges. On pense aux grandes heures des clips déjantés, entre SUM 41, THE OFFSPRING et cette culture skate qui mélangeait attitude rebelle et humour potache. Et soyons honnêtes : difficile de regarder le clip sans avoir envie de reproduire la chorégraphie avant même la fin du morceau. C’est totalement assumé, presque ridicule parfois, mais c’est justement cette sincérité qui rend ELECTRIC CALLBOY aussi attachant.
Dans cette même logique, « Still Waiting » accueille Frank Zummo, batteur de SUM 41. Plus qu’un simple featuring nostalgique, sa présence apporte une vraie connexion avec cette génération pop punk qui a grandi entre skate vidéo, MTV, Warped Tour et forums Internet. Le morceau retrouve cette énergie immédiate des années 2000 : un refrain fédérateur, une batterie explosive et cette sensation d’être à nouveau devant une console de jeu, un skate sous le bras, en attendant que le prochain clip passe à la télévision.
L’album trouve également un bel équilibre avec « The Savior », qui devrait immédiatement parler aux fans de « Tekkno ». Le morceau reprend tous les éléments qui ont fait le succès du groupe : riffs énormes, breaks taillés pour les scènes géantes et alternance permanente entre agressivité et second degré. ELECTRIC CALLBOY prouve une nouvelle fois que sa formule fonctionne parce qu’elle n’est jamais cynique. Derrière les costumes improbables et les chorégraphies absurdes, il y a, avant tout, des musiciens qui savent exactement ce qu’ils font.
La dernière partie de l’album prolonge naturellement la fête avec une série de remixes qui donnent une nouvelle vie à plusieurs morceaux emblématiques. « We Got The Moves » retrouve une seconde jeunesse, tandis que « Revery » accentue encore les influences dubstep avec une approche plus agressive, presque prête à faire trembler les scènes EDM. « Tanzneid » pousse le curseur rave encore plus loin, et « Hypercharged » plonge directement dans les racines hardcore et gabber. Ce ne sont pas de simples bonus : ces versions rappellent que l’univers d’ELECTRIC CALLBOY dépasse largement les frontières du metal et fonctionne autant dans un festival rock que dans une gigantesque soirée électronique.
La note du cœur
Ce qui impressionne toujours autant chez ELECTRIC CALLBOY, c’est cette capacité à faire sourire sans jamais donner l’impression de plaisanter avec sa musique. Le groupe a compris quelque chose que beaucoup oublient : le fun n’est pas l’opposé de la qualité.
À l’époque où les groupes cherchent parfois à paraître plus sombres, plus sérieux ou plus complexes, ELECTRIC CALLBOY assume l’inverse. Ils veulent faire danser, chanter, sauter et probablement provoquer quelques chorégraphies embarrassantes dans les salons du monde entier.
Cet album ressemble finalement à une grande fête où se croisent un vieux lecteur MP3 rempli de pop punk, une soirée MySpace oubliée, un festival metal et une rave allemande qui aurait pris trop de café. Et c’est exactement pour ça que ça fonctionne.
Les ELECTRIC CALLBOY ne cherchent pas à devenir quelqu’un d’autre. Ils continuent simplement à perfectionner leur propre chaos. Et dans un monde où beaucoup veulent absolument se réinventer, réussir à faire évoluer une identité aussi unique sans la perdre est probablement la plus belle preuve de maîtrise.

Artiste : ELECTRIC CALLBOY
Album : Tanzneid
Date de sortie : 07/08/2026




