
COMEBACK KID – Chosen Hell : La rage au cœur, les blessures à vif
Plus de vingt-cinq ans de carrière, et toujours cette même envie d’en découdre. Certains groupes finissent par s’essouffler avec le temps, d’autres se reposent sur leurs acquis. Mais COMEBACK KID semble bien décidé à ne faire ni l’un ni l’autre. Avec « Chosen Hell », son huitième album studio, la formation canadienne revient avec onze titres où la rage, la puissance et les émotions se croisent sans jamais vraiment se quitter.
Car derrière cette énergie brute qui a toujours fait la force du groupe, il y a aussi des histoires plus personnelles, des blessures qui ne cicatrisent pas toujours et des souvenirs dont il est parfois difficile de se défaire. « Chosen Hell » parle de tout cela, sans chercher à masquer les failles derrière un mur de guitares.
Et c’est peut-être ce qui rend cet album aussi intéressant : COMEBACK KID n’a rien perdu de sa colère, mais semble aujourd’hui plus à l’aise avec l’idée de montrer ce qui se cache derrière.
Toujours cette rage qui les anime
Dès « Target on My Back », on retrouve ce qui fait battre le cœur de COMEBACK KID depuis ses débuts, et le mien par la même occasion. Les guitares sont incisives, la batterie ne laisse aucun répit et Andrew Neufeld balance ses paroles avec cette intensité qui lui appartient. Tout va vite, tout frappe fort, mais sans jamais tomber dans la brutalité gratuite.
Et au milieu de cette déferlante, les passages mélodiques viennent apporter quelque chose de différent. Une respiration, une émotion supplémentaire, presque une forme de fragilité qui contraste avec la violence du morceau.
Avec « Vindication », le groupe pousse davantage son hardcore vers des sonorités métalliques, tout en conservant cette urgence punk qui a toujours fait partie de son identité. La production de Will Putney apporte une dimension particulièrement massive à l’ensemble, sans étouffer l’énergie des compositions.
Mais ce qui ressort surtout de « Chosen Hell », c’est cette volonté de ne pas rester enfermé dans une formule. COMEBACK KID connaît ses forces, sait parfaitement d’où il vient, mais n’hésite pas à explorer d’autres directions.
Et les collaborations présentes sur l’album participent à cette ouverture.
Sur « Shedding Season », on retrouve Courtney LaPlante de SPIRITBOX. Une invitée de choix, dont la puissance vocale s’intègre à l’univers du groupe. Sa présence apporte une intensité supplémentaire et renforce ce contraste entre agressivité et sensibilité qui traverse le disque.
De son côté, Brendan Garrone d’INCENDIARY vient prêter sa voix à « Yesterday’s Gone », un titre particulièrement chargé de sens. Derrière sa violence se cache une réflexion sur le passé, les erreurs et cette difficulté que l’on peut avoir à avancer lorsque certains souvenirs continuent de nous poursuivre.
Il y a quelque chose de très humain dans cette chanson. Cette impression d’avoir fait la paix avec beaucoup de choses, sauf avec soi-même. De vouloir tourner la page, tout en continuant à regarder derrière.
Et finalement, qui n’a jamais connu cela ?
Ce que l’on garde au fond de soi
C’est avec le morceau-titre « Chosen Hell » que l’album prend une dimension encore plus personnelle.
Andrew Neufeld y aborde les choix que nous faisons, les notions de bien et de mal, mais surtout cette étrange capacité que nous avons parfois à rester dans des situations qui nous font souffrir.
On sait que certaines choses ne nous font plus de bien. On sait qu’il faudrait partir, changer, abandonner certaines habitudes ou simplement accepter de lâcher prise. Pourtant, quelque chose nous retient.
La peur, la culpabilité, l’attachement ou cette difficulté à reconnaître que l’on s’est peut-être trompé.
Comme l’explique Andrew Neufeld à propos du thème de la chanson : « Parfois, nous sommes incapables de faire le bon choix et nous nous retrouvons dans des situations qui nous empêchent d’avancer et nuisent à notre propre bien-être. »
C’est tout le paradoxe de « Chosen Hell ». Cet enfer que l’on ne souhaite pas vraiment, mais dans lequel on finit parfois par s’installer, jusqu’à ne plus savoir comment en sortir.
Le morceau traduit cette lutte intérieure avec une intensité qui donne davantage de poids à la musique. La colère n’est plus seulement tournée vers l’extérieur. Elle devient aussi celle que l’on ressent envers soi-même, face à ses propres contradictions.
Mais l’un des aspects les plus touchants de cet album reste la place accordée à la perte et à l’absence.
Avec « Heartland Elegy », COMEBACK KID rend hommage à Matt Keil, ancien bassiste et ami du groupe, disparu en 2025 après avoir lutté contre la maladie de Charcot.
Un hommage qui prend une résonance particulière lorsqu’on connaît les liens qui unissent les membres d’un groupe après tant d’années. Il y a les concerts, les tournées, les kilomètres parcourus, les souvenirs accumulés. Et puis un jour, quelqu’un manque à l’appel.
Ce qui touche dans cette démarche, c’est que le groupe choisit de faire vivre ce souvenir à travers sa musique. Comme une manière de garder cette personne encore un peu près de soi, de ne pas laisser le silence prendre toute la place.
« Lost and Found » prolonge cette émotion, mais d’une façon différente. Le morceau aborde lui aussi la douleur de perdre quelqu’un et les traces que cette personne laisse derrière elle.
Ici, l’atmosphère devient plus intime. La musique se dépouille progressivement, laissant davantage de place à la voix d’Andrew Neufeld et à une guitare acoustique.
Et ce changement de ton prend tout son sens.
Parce que le chagrin ne s’exprime pas toujours dans les cris. Parfois, il se glisse dans un souvenir, une absence, une mélodie ou quelques mots que l’on aurait aimé pouvoir dire une dernière fois.
C’est dans ces instants que COMEBACK KID laisse entrevoir une sensibilité que l’on ne met pas forcément en avant lorsqu’on évoque son hardcore.
Rien à prouver, encore beaucoup à dire
Avec « Chosen Hell », COMEBACK KID ne cherche pas à réinventer son identité. Le groupe reste fidèle à ce qui l’a construit, à cette musique directe, énergique et taillée pour être vécue autant que pour être écoutée.
Mais il y a aussi une évolution dans la manière d’aborder les choses. Andrew Neufeld explique avoir laissé davantage de place aux autres musiciens lors de l’écriture, permettant une approche plus collective et une certaine liberté dans les compositions.
Cela se ressent dans la diversité annoncée des onze morceaux, entre hardcore mélodique, influences metal, passages punk et instants plus vulnérables.
Ce qui me plaît surtout dans la démarche de cet album, c’est cette idée que la colère n’exclut pas la sensibilité. On peut avoir besoin de hurler tout en portant en soi des choses beaucoup plus fragiles. On peut donner l’impression d’être solide et continuer à se battre contre ses propres démons.
Et c’est justement ce que raconte « Chosen Hell ».
Il est question de choix que l’on regrette, de situations que l’on n’arrive pas à quitter, de personnes qui nous manquent et de cette envie de continuer malgré tout. Des sujets qui dépassent largement le cadre du hardcore et dans lesquels chacun peut retrouver un petit morceau de sa propre histoire.
Après toutes ces années, COMEBACK KID prouve qu’il a encore des choses à exprimer. Pas seulement à travers des riffs puissants ou des refrains fédérateurs, mais aussi en acceptant de parler de ce qui fait mal.
Parce qu’au fond, on a tous nos combats, nos regrets et nos blessures. Et parfois, la musique est le seul endroit où l’on parvient vraiment à les laisser sortir.
LA NOTE DU CŒUR
Il y a des albums qui me touchent plus que d’autres, parfois simplement parce qu’ils réveillent des choses que je pensais avoir laissées derrière moi. « Chosen Hell » me ramène à ces blessures qu’on garde en silence, à ces choix qu’on regrette, à ces moments où l’on s’accroche à des choses qui nous font pourtant du mal. Mais aussi à ces personnes qui nous manquent tant et dont on garde précieusement quelques objets, parfois insignifiants aux yeux des autres, mais qui représentent tellement pour nous. Des petits souvenirs auxquels on s’accroche, parce qu’ils nous rappellent une présence, un moment, une histoire ; et qu’on aimerait pouvoir serrer dans nos bras encore une fois. Il y a des absences auxquelles on ne s’habitue jamais vraiment, même quand les années passent. Et derrière toute la rage de COMEBACK KID, c’est cette tristesse qui me touche le plus. Parce que parfois, on continue d’avancer, on sourit, on fait comme si tout allait bien, alors qu’au fond, certaines choses font toujours aussi mal.

Artiste : COMEBACK KID
Album : Chosen Hell
Label : SharpTone Records
Date de sortie : 06/11/2026
COMEBACK KID EN CONCERT À PARIS :
Le groupe sera de passage à Paris le 19 janvier 2027 au Trabendo. L’occasion de retrouver toute l’énergie de « Chosen Hell » sur scène, de reprendre les morceaux à pleins poumons et de se laisser emporter par cette rage qui fait tant de bien. Parce que parfois, un bon concert de hardcore, c’est aussi ce dont on a besoin pour tout évacuer.




