
Ne surtout pas détourner le regard.
Il paraît que pour un concert comme pour un album, les trois premières chansons sont essentielles.
Ce sont elles qui doivent nous attraper, nous faire comprendre où l’on vient de mettre les pieds et, surtout, nous donner envie de rester jusqu’au bout.
Avec « Critic », « Don’t be fooled » et « Unwanted », THROWN ne laisse absolument aucune place au doute.
Dès les premières minutes de « UNWANTED », le ton est donné.
C’est violent, insolent, profondément énervé, mais derrière cette façade presque arrogante se cache quelque chose de beaucoup moins confortable. Parce que chez THROWN, la colère n’est jamais très loin de la culpabilité. Et la haine dirigée vers les autres finit presque toujours par revenir vers soi.
Ils s’en veulent toujours autant.
En 2024, « EXCESSIVE GUILT » portait plutôt bien son nom.
Le premier album de THROWN était traversé par la culpabilité, le mal-être, les relations qui laissent des traces et cette impression constante d’être enfermé dans sa propre tête.
Deux ans plus tard, visiblement, ça ne va pas beaucoup mieux.
Et, quelque part, tant mieux.
Pas pour eux, évidemment.
Mais pour nous.
Parce que « UNWANTED » reprend cette violence intérieure et semble l’amener encore plus loin. Là où « EXCESSIVE GUILT » donnait parfois l’impression d’être coincé avec ses pensées, ce nouvel album ressemble davantage au moment où celles-ci commencent à déborder. On accuse. On regrette. On en veut aux autres.
Puis, on finit par se regarder dans un miroir et comprendre qu’on fait peut-être aussi partie du problème.
Très emo dans le fond. Beaucoup moins dans la forme.
Ici, pas de grande envolée dramatique ni de refrain fait pour pleurer sous la pluie. Chez THROWN, la crise existentielle se règle plutôt avec des guitares accordées beaucoup trop bas, des riffs qui cognent comme du hardcore et suffisamment de groove nu-metal pour donner envie de tout casser autour de soi.
« Critic » : merci pour la promo
Et forcément, commencer l’album avec « critic » est presque amusant lorsque l’on s’apprête justement à écrire une chronique dessus.
Je me suis d’ailleurs particulièrement arrêtée sur les paroles, sur cette remise en question constante de ceux qui jugent, commentent, analysent les chiffres ou cherchent parfois davantage à provoquer qu’à réellement écouter.
Quand on se retrouve soi-même de l’autre côté, à poser des mots sur un album, le morceau prend une saveur assez particulière.
Parce que « critic » ne critique pas forcément le fait d’avoir un avis. Il vise surtout cette posture où l’on cherche à exister à travers la haine, le clash ou la remise en cause systématique du succès d’un groupe.
Et ce genre de jugement peut aussi laisser des traces bien réelles. Sam Carter, d’ARCHITECTS, expliquait récemment à quel point les critiques répétées sur sa voix avaient fini par nourrir une véritable anxiété de performance et par lui enlever une partie du plaisir de monter sur scène.
Et THROWN répond avec toute la subtilité qu’on lui connaît.
C’est-à-dire aucune. Mais c’est précisément ce qui fonctionne.
Le morceau possède cette attitude punk, presque adolescente, du « je m’en fous de ce que tu penses », avec, malgré tout, quelque chose d’assez lucide derrière. Parce qu’à une époque où tout le monde peut devenir critique, expert ou juge en quelques secondes, la frontière entre détester quelque chose et lui consacrer énormément d’énergie devient parfois assez drôle à observer.
Et, musicalement, « critic » remplit parfaitement son rôle d’ouverture.
Pas de présentation. Pas d’introduction inutile.
On appuie sur play et THROWN nous saute immédiatement à la gorge.
Trois morceaux pour comprendre UNWANTED
Puis vient « don’t be fooled », avant que « unwanted » ne termine d’installer ce qui va devenir le véritable fil conducteur du disque.
Et c’est là que ces fameuses trois premières chansons prennent tout leur sens.
Parce qu’en très peu de temps, THROWN expose pratiquement toutes les facettes de l’album : l’agressivité, la défiance, le rejet, mais aussi cette tendance beaucoup plus destructrice à retourner la violence contre soi-même.
Le morceau-titre est probablement l’un des meilleurs exemples.
Dans « unwanted », il n’est plus vraiment question de chercher un responsable ailleurs. Le regard change de direction. Il faut reconnaître ses erreurs, accepter certains regrets et envisager une possibilité beaucoup plus difficile à supporter : peut-être que si certaines personnes ont fini par partir, il existe une raison.
Ce n’est plus vraiment « Vous êtes tous contre moi ».
C’est plutôt « Et si le problème, c’était moi ? ».
Et forcément, après « EXCESSIVE GUILT », difficile de ne pas voir une continuité.
Ils culpabilisaient déjà.
Maintenant, ils semblent presque avoir accepté la condamnation.
Emo, mais avec un breakdown
C’est probablement ce que j’aime le plus chez THROWN.
Sous cette production massive, cette attitude hardcore et ces morceaux qui semblent parfois uniquement conçus pour transformer une salle de concert en zone sinistrée se cache quelque chose de profondément vulnérable.
« rehearsed » en est un bon exemple.
Le morceau parle d’une relation dans laquelle quelqu’un a progressivement détruit la valeur que l’on pouvait s’accorder. Mais au lieu de transformer cette blessure en grande déclaration sentimentale, THROWN choisit la réaction inverse : couper les émotions, prétendre que tout va bien et essayer de convaincre son propre cerveau qu’il suffit simplement d’appuyer sur un interrupteur pour ne plus rien ressentir.
Évidemment, ça ne fonctionne pas vraiment.
Et c’est justement pour ça que ça sonne juste.
Cette manière de masquer quelque chose de profondément emo derrière une attitude presque hardcore revient constamment sur « UNWANTED ».
La vulnérabilité est là.
Elle est simplement recouverte par plusieurs tonnes de distorsion.
Split, quand même fuir ne suffit plus
Puis il y a « split ».
Et là, le disque devient nettement plus sombre.
On retrouve cette fatigue d’exister, cette impression d’avoir déjà essayé de trouver de l’aide sans réussir à comprendre pourquoi rien ne semble réellement changer. Mais surtout cette conscience extrêmement frustrante de savoir que quelque chose ne va pas sans réussir à identifier comment le réparer.
C’est un sentiment qui traverse une bonne partie de « UNWANTED ».
Les personnages de cet album ne sont pas inconscients de leurs problèmes.
Au contraire.
Ils les connaissent parfois beaucoup trop bien.
Et c’est peut-être encore pire.
Parce qu’il est relativement simple de raconter quelqu’un qui refuse de voir ses erreurs. Il est beaucoup plus difficile de parler de ce moment où l’on sait exactement qu’on est en train de se détruire, mais où l’on ne possède toujours pas le mode d’emploi pour arrêter.
Chez THROWN, cette frustration devient physique.
Elle passe dans les riffs.
Dans les silences.
Dans les accélérations.
Dans cette manière de faire durer une tension juste assez longtemps avant de tout faire exploser.
Je ne vais pas vous raconter tout l’album
Et volontairement, je vais m’arrêter là sur les morceaux.
Parce que je pourrais continuer.
Il y aurait énormément de choses à dire sur « UNWANTED », sur certains textes, certains passages ou certaines transitions.
Mais ce serait justement lui enlever une partie de ce qui fait sa force.
« UNWANTED » est un album qu’il faut écouter dans son intégralité.
Du début à la fin.
Parce qu’il y a un véritable fil conducteur qui relie tout ce que l’on entend. Une sensation de spirale dans laquelle la colère dirigée contre les autres revient progressivement vers soi, avant de repartir dans l’autre sens.
Et surtout parce que THROWN sait rester extrêmement direct sans donner l’impression d’aligner simplement une série de morceaux destinés aux playlists.
Oui, les chansons sont courtes.
Oui, beaucoup d’entre elles vont droit au but.
Oui, certaines semblent capables de déclencher un pit en quelques secondes.
Mais une fois mises bout à bout, elles racontent quelque chose de beaucoup plus grand et fort émotionnellement.
UNWANTED, mais difficile à ignorer
Depuis leurs débuts en 2021, THROWN avance à une vitesse assez absurde.
« Extended Pain » avait commencé à installer leur identité. « EXCESSIVE GUILT » avait confirmé qu’ils étaient capables de transformer cette formule en véritable album.
Avec « UNWANTED », le groupe semble surtout comprendre parfaitement ce qui fait sa force.
Ils n’essaient pas de compliquer inutilement leur musique.
Ils frappent. Ils groovent. Ils balancent des breakdowns capables de provoquer quelques rendez-vous chez l’ostéopathe.
Puis, entre deux impacts, ils glissent des textes remplis de culpabilité, de rejet, de relations détruites et de dégoût de soi.
C’est du metalcore. Du hardcore. Du nu-metal. Parfois presque du deathcore.
Et émotionnellement, quelque part, c’est aussi terriblement emo.
« UNWANTED » porte finalement très bien son nom.
C’est un disque rempli de gens qui ne veulent plus des autres, qui ont peur que les autres ne veuillent plus d’eux et qui, surtout, ne savent parfois plus très bien s’ils arrivent encore à se supporter eux-mêmes.
Et derrière toute cette violence, c’est probablement ça qui reste le plus longtemps.
Pas le breakdown le plus lourd. Pas le riff le plus efficace.
Cette sensation inconfortable d’avoir entendu quelqu’un dire à voix haute des pensées que l’on aurait probablement préféré garder enfouies.
Alors je ne vais pas vous spoiler davantage « UNWANTED ».
Écoutez-le. En entier. Et idéalement assez fort.
Parce que certains albums demandent qu’on leur accorde du temps.
Celui-ci préfère vous attraper par le col dès « critic » et ne plus vous lâcher avant la dernière seconde.
Note du cœur :
Oui, j’ai versé ma petite larme sur cet album. « UNWANTED » est émotionnellement très lourd, peut-être justement parce qu’il parle de choses que l’on a tous, plus ou moins, traversées : la culpabilité, le rejet, les regrets, les relations qui nous abîment, cette impression d’être parfois notre propre problème ou de ne plus vraiment savoir comment réparer ce qui l’a été.
Derrière toute cette violence, certains mots viennent toucher des endroits beaucoup plus sensibles. Et quand on se reconnaît, même un peu, dans ce qui est raconté, forcément, ça frappe différemment.

Artiste : THROWN
Album : Unwanted
Label : Arising Empire
Date de sortie : 06/11/2026




