
Il y a des groupes dont on attend une révolution à chaque album. Et puis il y a AMON AMARTH. Depuis plus de trente ans, les Suédois ont construit leur empire sur quelques ingrédients parfaitement identifiables : des riffs mélodiques, des growls reconnaissables entre mille, des refrains taillés pour les foules et, évidemment, une fascination jamais démentie pour les mythes nordiques. Alors, que peut encore raconter un treizième album à un groupe qui a déjà largement écrit sa propre légende ?
Avec « The Allfather Awakens », la réponse est finalement assez simple : AMON AMARTH ne cherche pas à réinventer son monde. Il cherche à le faire revivre. Et, bonne nouvelle, ça fonctionne plutôt bien.
Dès « Gjallarhorn », le décor est planté. Gros riff, batterie conquérante, mélodies immédiatement mémorisables et Johan Hegg qui déboule avec son growl comme s’il venait annoncer la fin du monde. Le morceau possède cette efficacité presque insolente qui a fait la réputation du groupe. On pourrait lui reprocher son côté prévisible. Ce serait difficile à nier. Mais il faut reconnaître à AMON AMARTH un talent assez rare : prendre une formule que l’on connaît par cœur et parvenir encore à lui donner de l’impact.
« Eight Legs of Thunder » poursuit sur cette lancée avec une rythmique particulièrement efficace, tandis que « Kvasir’s Blood » remet les guitares mélodiques au centre du jeu. Puis arrive « We Rule the Waves ». Le morceau est probablement l’un des exemples les plus évidents de ce qu’est devenu AMON AMARTH : un titre pensé pour être repris par plusieurs milliers de personnes, avec ce côté hymnique qui semble presque conçu pour les festivals. C’est simple, frontal, terriblement accrocheur. Et évidemment, ça marche.
AMON AMARTH reste AMON AMARTH : c’est aussi là que se situe le principal paradoxe de « The Allfather Awakens ». Si vous espériez un disque qui fasse voler en éclats les habitudes du groupe, vous risquez de rester sur votre faim. Les structures, les mélodies, les rythmiques et même certaines ambiances sont immédiatement familières. Mais après une carrière aussi longue, faut-il nécessairement considérer cette fidélité comme un défaut ? Pas forcément.
Le véritable enjeu est plutôt de savoir si les chansons sont bonnes. Et cette fois, elles le sont. Après un « The Great Heathen Army » qui avait laissé une partie des auditeurs relativement circonspects, AMON AMARTH semble avoir retrouvé davantage de mordant dans son écriture. Les morceaux paraissent plus naturels, moins poussés par la volonté de reproduire mécaniquement une recette. Le groupe connaît son terrain de jeu et l’exploite avec une assurance impressionnante.
« Upphaf », l’étrange voyage. Le morceau acoustique est sans doute la véritable curiosité du disque. AMON AMARTH quitte momentanément ses riffs massifs pour explorer une ambiance folk beaucoup plus dépouillée. L’idée est intéressante. Son intégration dans l’album l’est peut-être davantage encore : placé au milieu de la déferlante, « Upphaf » permet de respirer avant que « Die with a War Cry » ne remette les machines en route. Tout le monde n’adhérera pas forcément à cette parenthèse. Certains auditeurs pourront même la trouver totalement hors sujet. Mais après douze albums à défendre une identité particulièrement verrouillée, voir AMON AMARTH prendre ce petit risque est plutôt appréciable.
La deuxième moitié frappe plus fort. À partir de « Die with a War Cry », le disque retrouve une agressivité plus directe. « Raven God » possède ce potentiel fédérateur que le groupe maîtrise désormais à la perfection, tandis que le morceau-titre « The Allfather Awakens » semble presque résumer à lui seul le cahier des charges AMON AMARTH : puissance, mélodie, mythologie et refrain immédiatement identifiable.
Mais c’est peut-être « Oden’s Hunt » qui surprend le plus dans cette partie du disque. Plus rapide, plus nerveux, le titre rappelle que derrière les hymnes de stade se trouve toujours un groupe issu du death metal mélodique. Les guitares ont davantage de mordant et la batterie de Jocke Wallgren contribue largement à donner au morceau cette sensation de course effrénée.
L’album se termine avec « Ascending Like an Eagle », morceau plus long qui permet au groupe de développer davantage son atmosphère. Une conclusion solide, sans chercher artificiellement le grand final spectaculaire.
Et Johan Hegg ? Difficile évidemment de parler d’AMON AMARTH sans évoquer Johan ! Sa voix n’a plus besoin d’être présentée. Ce growl profond est devenu l’une des signatures du groupe, et il reste parfaitement adapté à cette musique. Surtout, Hegg semble avoir trouvé le juste équilibre entre puissance et mélodie vocale. Il n’essaie pas d’en faire davantage que nécessaire : il raconte, il rugit, il accompagne les riffs. C’est finalement ce qui fonctionne le mieux dans l’ensemble du disque.
La production ne cherche pas la subtilité. Les guitares sont épaisses, la batterie frappe fort et l’ensemble possède cette dimension gigantesque qui correspond parfaitement à la musique du groupe. Mais malgré cette puissance, les mélodies restent suffisamment présentes pour que les morceaux ne se transforment jamais en simple mur sonore.
C’est important chez AMON AMARTH : leurs riffs doivent pouvoir être ressentis autant que mémorisés. Et de ce côté-là, « The Allfather Awakens » remplit parfaitement son contrat.
Alors, révolution ou simple retour aux sources ? Clairement pas une révolution. Mais ce n’est pas nécessairement ce que l’on demandait à AMON AMARTH.
« The Allfather Awakens » ressemble davantage à un rappel à l’ordre. Le groupe reprend les éléments qui ont fait sa force et les utilise avec une inspiration qui semblait parfois lui manquer récemment. Le disque n’est pas parfait. Certaines compositions restent très proches de ce que le groupe a déjà proposé, et quelques passages donnent cette impression de déjà-entendu qui accompagne forcément une formation ayant autant d’albums au compteur.
Mais l’ensemble est cohérent, énergique et surtout suffisamment accrocheur pour donner envie d’y revenir. Et c’est peut-être là l’essentiel.
Avec cet album, AMON AMARTH ne découvre pas un nouveau monde. Il retourne dans le sien. Mais les vieux chemins sont encore capables de mener quelque part lorsqu’ils sont parcourus avec suffisamment d’énergie.
Ce treizième album ne remplacera probablement pas les classiques qui ont installé le groupe au sommet du death metal mélodique. En revanche, il constitue une remise en confiance bienvenue et rappelle que derrière les casques à cornes, les drakkars et les récits de batailles se trouve toujours une formation capable d’écrire de sacrées bonnes chansons.
Pas de révolution. Pas de prise de risque démesurée. Mais du AMON AMARTH solide, massif et surtout diablement efficace.

Artiste : AMON AMARTH
Album : The Allfather Awakens
Date de sortie : 02/10/2026
Label : METAL BLADE RECORDS




