
Si vous espériez que 2026 soit l’année de la « paix intérieure » et des playlists de yoga, vous allez être déçus. Ou alors, votre concept de la relaxation implique de se prendre un parpaing de post-hardcore en pleine poire. Le 6 mars prochain, le trio tourangeau KO-MA lâche son premier album, Anthropolis. Et spoiler : ce n’est pas une pub pour l’office du tourisme de Tours.
Après avoir écumé plus de 70 scènes en Europe (probablement pour fuir leurs factures de gaz), KO-MA passe enfin le cap du long-format. On connaissait leur EP Trencadis et leurs sessions BLURRY, ces moments de noise improvisée où le groupe semble essayer de communiquer avec des démons par l’intermédiaire de pédales d’effets.
Avec Anthropolis, ils montent d’un cran dans la hiérarchie du chaos. Imaginez le croisement illégitime entre l’urgence de Birds in Row, la morgue de Idles et la précision chirurgicale de Lysistrata. C’est brut, c’est éthéré, et c’est surtout aussi confortable qu’une banquette de métro un samedi soir à 4h du matin.
L’album est une fiction dystopique. On y suit les mésaventures de Tony, un oligarque charmant qui dirige la régie des eaux et qui a décidé que, pour augmenter ses dividendes, empoisonner la population était un business model tout à fait viable. Un grand classique de la gestion de crise en 2026, finalement.
À ses côtés, on croise Kate, une escort ambitieuse qui réalise un peu tard que l’ascenseur social est en panne et que le câble est en train de lâcher. Leur relation est le fil rouge d’un thriller politique où la corruption se mélange à la sueur. C’est du James Ellroy sous amphétamines, mais avec des guitares qui hurlent la fin du monde.
La grande force de KO-MA, c’est de traiter la ville comme un personnage à part entière. Une métropole vorace qui vous promet la richesse mais ne vous offre qu’une place de parking en enfer. À travers une galerie de personnages qui s’entretuent consciencieusement, le groupe dresse le portrait d’une société fondée sur l’illusion de la méritocratie.
Musicalement, c’est une baffe. La batterie est une insulte au silence, la basse est plus lourde qu’une amende pour stationnement gênant, et la guitare alterne entre mélodies vaporeuses et lacérations sonores. On sent que les gars ont bouffé du bitume et que les labels (Kinsfolk, Ma Saret, Tout Doux, Coeur sur Toi et No Need Name) ont eu le courage de parier sur un disque qui ne passera jamais sur NRJ.
Anthropolis est un chef-d’œuvre de noirceur, une fresque lucide sur notre incapacité collective à ne pas nous auto-détruire. C’est intelligent, c’est violent, et ça donne étrangement envie de danser sur les décombres.

Artiste : KO-MA
Album : Anthropolis
Date de sortie : 06/03/2026
Labels : Kinsfolk, Ma Saret Records, Tout Doux Records, Coeur sur Toi Records et No Need Name





