Chronique – SAINT AGNES « Your God Fearing Days Are About To Begin »

Prévue initialement pour le 31 octobre 2025, la sortie du troisième album de SAINT AGNES, Your God Fearing Days Are About to Begin, a finalement été repoussée de sept mois. Les trois membres du groupe ont expliqué que toutes les conditions n’étaient pas réunies pour une sortie sereine et à la hauteur du travail investi : « This album is the culmination of two years of work, trust us, it’s worth the wait », affirment Kitty, Jon et Andy. Le groupe en a profité pour reprendre la route ; on a notamment pu les voir en première partie de LAST TRAIN en décembre dernier à Paris.
L’attente valait-elle le coup ?
Avant de rentrer dans le vif du sujet, présentons rapidement SAINT AGNES. Le groupe londonien se compose de Kitty (chant / guitare), Jon (guitare / synthés) et Andy (batterie), rejoints en live par Maxine à la basse. Leur précédent opus, Bloodsuckers, a été l’un des albums que j’ai le plus écoutés en 2023 : un disque empreint de deuil, de rage et de tristesse, façonné dans l’ombre du décès de la mère de Kitty. Pour ce nouvel album, le groupe opère un retour à ses racines industrielles, pour un ensemble plus brut, plus épuré, façonné par le producteur Jim Pinder (Treehouse Studio, Chesterfield, UK), connu pour son travail avec BRING ME THE HORIZON, WHILE SHE SLEEPS ou encore BULLET FOR MY VALENTINE.
Le titre même de l’album, Your God Fearing Days Are About to Begin (« Tes jours de crainte divine ne font que commencer »), ainsi que sa pochette, annoncent clairement la couleur. Kitty a expliqué vouloir créer un personnage d’« anti-héros », quelque part entre dirigeant malveillant, figure religieuse et icône fétiche, une entité qui se moque ouvertement des structures traditionnelles du pouvoir — « the capitalist death machine as god ». L’artiste revient également sur la place centrale de l’iconographie religieuse dans son travail, tant dans la scénographie que dans l’écriture : une exploration de la dévotion mal dirigée, des fausses idoles et de la croyance aveugle.
« Good Boy » ouvre ce troisième album avec une énergie fulgurante, mêlant rock et électro. Le morceau illustre parfaitement le propos central du disque dès ses premières lignes : « Compliance is desired / Get down on your knees / To satisfy the tyrant / If you want to succeed », ou encore avec son refrain entêtant : « Get back in the line! ». L’interlude au clavier offre un bref moment de répit, une tentative de reprendre nos esprits, mais Kitty nous ramène aussitôt dans le rang avec la répétition hypnotique « You’re such a good boy », portée par un travail guitare / batterie particulièrement affûté. Le ton est donné.
Les trois morceaux suivants maintiennent la pression. D’abord « The Ghost », aux sonorités résolument industrielles, mais traversées d’un éclat très pop qui nous invite presque à danser. Le titre interroge notre place dans la société, surtout lorsque l’on ne rentre pas dans les cases.
Vient ensuite le premier single dévoilé pour annoncer l’album : « The Father, the Son and the Holy Beast ». À sa sortie, j’ai été très surprise par son approche — ses textures électro, sa structure déconstruite — une surprise qui s’est transformée, au fil des écoutes, en adhésion totale. Tout au long du morceau, une voix susurre « I’m right here, don’t be scared ». Est-ce la Sainte Bête qui tente de nous rassurer ? Puisque nous avons cédé au péché, nous n’aurions plus rien à craindre : la peur change de camp.
Pour clore ce triptyque, place à « The Beast », déjà évoqué. Le morceau s’ouvre avec retenue, presque en apnée, avant que la Bête ne se déchaîne sur « I don’t want to feel this anymore ». Le rythme cardiaque s’emballe, suivi de près par la batterie et la guitare. Sur la fin, Kitty semble manquer d’air tant l’intensité du chant et du message est forte, avant qu’un final très doux au clavier ne vienne refermer la plaie.
On repart dans l’indus avec « Song for Mia », dédié à l’amie d’enfance de Kitty. Le morceau s’ouvre de manière très épurée avant de glisser vers une fin plus électro, parfaite pour se laisser aller. C’est un hymne empreint de nostalgie, un de ceux qui fonctionneront à merveille en live pour embarquer le public.
Les influences de NINE INCH NAILS se font clairement sentir sur les morceaux « Everything You Denied », « The Blood Beat (Angel in the Marble) », puis un peu plus loin sur « Get Them Out », rappelant sans difficulté « The Hand That Feeds » ou « The March of the Pigs ». Même si ces trois titres restent efficaces, l’énergie qu’ils dégagent embarque moins que celle de ce triptyque précédent. Ils mériteront sans doute plusieurs écoutes pour révéler toute leur portée.
« Gods of War » s’ouvre comme un long discours — ou peut-être un sermon — jusqu’à ce que Kitty nous intime de nous agenouiller devant les Dieux de la Guerre, avant de nous asséner cette question en boucle : « Is this the best that we can do? ».
Le titre « Where Do I Begin » clôture l’album et tente de répondre à la question posée précédemment. Construit comme une berceuse, il voit Kitty dévoiler ses doutes les plus profonds : « Without you, I’m nothing / I don’t know who I’m supposed to be ». Une fois libérée de ses peurs, que faire de cette liberté retrouvée, où aller, qui devenir ? Seuls les battements de notre cœur résonnent pour nous répondre.
Si Your God Fearing Days Are About to Begin se révèle très cohérent dans ses sonorités comme dans son écriture, l’énergie déployée au fil des dix titres reste inégale. Après un début d’album explosif, le soufflé retombe progressivement alors que j’aurais aimé davantage de chant habité et de guitares saturées. Certains titres semblent trop sages, en comparaison avec des bangers incontestables comme « Good Boy » ou bien « Song for Mia ». Cependant, SAINT AGNES sachant parfaitement donner corps à sa musique sur scène, gageons que les morceaux prendront alors une tout autre dimension.

Artiste : SAINT AGNES
Album : Your God Fearing Days Are About To Begin
Date de sortie : 29 mai 2026
Label : Spinefarm Records




