Interview avec Gilles et Frank de l’association CIRCLE PIT !

CIRCLE PIT est une association à but non lucratif fondée en 2019 par des passionnés de Metal. Elle mobilise des fonds privés pour soutenir des projets artistiques (Metal) ambitieux (albums, clips, tournées, promotion).
À l’occasion du festival PLANE’R FEST, Gilles et Frank ont donné une interview à Ophélie pour Metal Rock Magazine !
OPHELIE : Tout d’abord merci de m’accorder cette interview dans le cadre du festival PLANE’R FEST. Pouvez-vous vous présenter l’association pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
GILLES : Alors je vais commencer par présenter l’association, qui est née d’un groupe de potes qui allaient à des festivals de metal. À un moment donné on s’est dit qu’on avait tous réussi dans notre carrière et qu’on voulait monter une initiative pour aider le secteur du metal qui semblait un peu isolé, notamment dans les grands médias français. On sait que c’est un secteur où les gens se serrent les coudes et on voulait essayer d’apporter notre petite contribution à ce grand édifice du metal. Au départ, on était 4. C’est parti d’un retour du HELLFEST 2019, où on s’est dit, « Putain, qu’est-ce qu’on peut faire ?” Et on a décidé de monter une association, un hybride entre mécénat et VC [venture capital company]. Notre but est de financer un projet, tout en prenant une participation pour la réinvestir après. Tous les membres sont bénévoles et autre point, par rapport à un coproducteur de tournée ou d’album, on prend un pourcentage moins élevé.
FRANK : Pendant le COVID, il ne s’est pas passé grand-chose. On a relancé la mécanique en 2021 et là, on en est déjà à 8 projets. Nos investissements, ils sont uniquement tournés vers les groupes de metal, pour les aider à passer la première étape car au final, les labels n’investissent plus sur des groupes émergents, ils attendent qu’ils soient mûrs. Les groupes doivent donc s’autofinancer. Nous, on est là quand ils ne peuvent pas le faire.
GILLES : après, on ne choisit pas n’importe quel projet, on ne choisit pas des groupes naissant sans expérience, on fait une analyse de risques à chaque fois.
Vous disiez que vous étiez 4 au départ. Et aujourd’hui ?
FRANK : on est une dizaine actuellement et l’objectif est de monter d’abord à 30 puis à 100. On ne vise pas au-dessus, ça suffit d’un point de vue investissement.
Vous ne financez que des groupes français ?
GILLES : on est tous basés en France donc forcément, on est plus orientés groupes français. Mais on a aussi financé un groupe international. C’était notre premier projet, qui a foiré mais c’était bien marrant. C’était le revival de groupe AGENT STEEL
FRANK : c’est un groupe mythique des années 80, qui fait du trash spécialisé dans les aliens [rires] et qui, au pic de sa carrière, a rempli l’HAMMERSMITH ODEON à Londres 5 soirs de suite. Le groupe existe encore mais plus avec le même line-up. À la suite d’un procès, le chanteur historique, John Cyriis, a récupéré le nom et a relancé le groupe.
GILLES : ça n’est pas allé au bout mais c’était marrant parce qu’il y avait le batteur de WASP, le bassiste de METAL CHURCH. Quand le chanteur s’est barré, on a recruté Mike Vescera, le chanteur de LOUDNESS.
Comment vous vous êtes rencontrés ? C’est vous qui les avez démarchés ?
GILLES : c’est le manager qui nous a contacté. Et ce projet a foiré parce qu’on s’est rendu compte qu’on n’avait pas le temps de faire de la prod. Et puis, le manager est parti en vrille, puis le chanteur aussi. C’était un truc à la SPINAL TAP ! Ensuite, on a co-investi dans la prod du groupe de heavy LAST TEMPTATION venu de Strasbourg, qui a fait la première partie de SCORPIONS et qui a joué deux fois au HELLFEST. On a aussi participé à des projets avec DISCONNECTED, KARRAS et LOUDBLAST pour la tournée des 40 ans [dit-il avec un tish du groupe avec le logo CIRCLE PIT dans le dos]. Et là, notre dernière pépite, c’est un groupe qui s’appelle DISCOZERO, avec des musiciens expérimentés qui sont sérieux et structurés.
Comment choisissez-vous les projets sur lesquels vous voulez contribuer ?
GILLES : ma philosophie personnelle, c’est que s’il y en a un qui pleure quand on signe un groupe, on y va, même si on perd du fric, car c’est surtout un truc d’amour. Comme disait Frank, notre objectif c’est effectivement d’augmenter le membership, d’augmenter notre capacité de financement et d’avoir de plus en plus d’impact.
FRANK : aujourd’hui, produire un album coûte autour de 20.000€. Au démarrage de l’association, on finançait des projets autour de 3000 € et 5000 €. Aujourd’hui, on est en capacité de mettre entre 5000 et 10.000 €. Et à partir du moment où on arrive à décoller en nombre d’adhérents, on pourrait financer un album et une tournée.
Selon vous, quels sont les plus gros obstacles que rencontrent les groupes de metal français ?
GILLES : c’est simple ! Tu prends ta voiture, tu vas à Vintimille, tu écoutes Virgin Radio, tu entends du METALLICA. Tu reviens en France, tu n’auras pas de METALLICA.
FRANK : il y a aussi le fait que souvent les groupes ne connaissent pas tous les circuits de financement traditionnels. Ils n’ont pas d’éditeur, ils ne sont pas inscrits à la Sacem. Nous, à force d’être dans le milieu, on a des contacts à leur donner, de manière aussi à les aider à se professionnaliser ou à obtenir des subventions. Par exemple, si on investit dans une tournée, ça va rassurer le financeur et ça évite au groupe d’avancer l’argent.
L’accompagnement, c’est vraiment important, parce que tu ne sais pas forcément tout ce que tu dois faire ni qui contacter.
GILLES : encore une fois, les médias c’est le nerf de la guerre. Et il y a un vrai déficit de médias metal en France, contrairement à d’autres pays, comme l’Allemagne par exemple. Il y a les magazines historiques mais à mon avis, ils ont du mal structurellement à se moderniser.
Il faut dire aussi qu’en France, il y a moins une culture rock metal.
FRANK : c’est en train de changer, par exemple, il n’y avait pas d’influenceurs metal français il y a encore 5 ans. J’ai l’impression qu’on est à l’aube d’une nouvelle vague.
GILLES : notre but c’est aussi de fédérer des individus passionnés – et je sais qu’on est nombreux – qui auraient de l’argent à investir et qui ne sauraient pas par quel bout commencer.
Si vous pouviez rêver grand : quelle serait la réalisation ultime ?
GILLES : toi, tu voudrais faire un revival de MASSACRA !
FRANK : [rires] non, moi j’aurais aimé pouvoir racheter les droits de certains albums pour pouvoir les remettre à disposition pour que tout le monde puisse en profiter. C’était l’idée à la base mais compliquée à mettre en œuvre au final. Il faut faire comme de la généalogie pour retrouver les ayants-droits.
Ça pourrait être l’objet d’une émission de TV !
FRANK : [rires] Avis de recherche ! Non, mon rêve avec cette asso, ça serait de prendre un groupe au début de son histoire et de l’amener à un niveau tel que celui de GOJIRA. Et quel que soit le style, on est suffisamment nombreux dans l’association pour avoir des goûts musicaux complémentaires.
Avec l’association qui grandit, vous avez une autre vision pour la suite ?
GILLES : il faut préciser que notre concept inédit ! Il y a une personne qui bossait à UNIVERSAL qui est venue me voir et qui m’a demandé si l’on pouvait faire la même chose avec de l’urbain. Mais notre projet nous demande un certain focus et une cohérence. Pour recruter nos membres, on a 3 questions : “est-ce que t’es sympa ?”, “est-ce que t’as conscience que tu ne reverras pas ton argent ?” et enfin “est-ce que t’as assez fait le kéké dans ta vie pro pour ne pas venir le faire chez nous ?”.
FRANK : c’est une approche détendue mais on cherche quand même des personnes investies et qui ont envie de s’intéresser aux groupes émergents.
Je réalise mon interview dans le cadre du PLANE’R FEST. Quel est votre lien avec le festival ?
FRANK : on a fait du pur mécénat pour le festival et aujourd’hui, on est présent pour faire connaître l’association.
Si vous aviez un mot pour nos lecteurs ?
GILLES : si vous adhérez à notre philosophie et à nos valeurs, appelez-nous et rejoignez-nous, surtout si vous êtes sympas ! À l’attention des groupes de metal, accrochez-vous, il y a des moyens pour vous aider !
FRANK : peu importe la taille du groupe, c’est l’ambition qui compte. Il faut se donner les moyens de réussir. Ça ne fonctionne pas tout le temps mais CIRCLE PIT est une chance en plus d’y arriver.
C’est un super message vis-à-vis des lecteurs et des groupes ! C’est aussi la philosophie de METAL ROCK MAGAZINE, mettre en lumière des groupes émergents car les gros groupes n’ont pas besoin de nous et les gros médias ne s’intéressent pas forcément à eux. Il y a un vrai déficit de visibilité et comme vous disiez, il y a des personnes qui sont là pour les accompagner.
GILLES : il y a plein de gens qui ont envie de découvrir des groupes émergents et on a besoin de les connecter entre eux !
Un mot pour terminer notre interview ?
GILLES : on a été très contents de te rencontrer !
Plaisir partagé ! Et on ira boire une petite bière pendant le festival ! [et ce fut le cas !]





