Live Report MOTOCULTOR – Jour 2 – 15/08/2025 – Carhaix
Enzo Cirillo et Ophélie Griffin, Rédacteurs et photographes pour Metal Rock Magazine, étaient sur place pour immortaliser cette deuxième journée du festival !
HOULE
HOULE s’impose dès 12h45, coiffés de marinières, cirés et bottes noires : une présence marine forte qui tranche avec le cadre festivalier. Leur black metal atmosphérique, à la fois fureur et mélancolie, fait souffler un vent sombre sur la Dave Mustage.
Portés par leur imagerie poétique et maritime, les parisiens créent une atmosphère immersive à haute tension, renforcée par un public qui joue le jeu
Musicalement, le set est efficace et travaillé : alternance de murs sonores percutants et de passages plus contemplatifs, le tout servi par une performance scénique habitée.
HOULE a parfaitement réussi son entrée en matière : une tempête contrôlée, dense et poétique, idéale pour une mise en jambes marquante du vendredi.
WEGFEREND
C’est en arrivant sur le site que j’apprends à regret l’annulation du groupe de celtic black metal breton BELENOS (pour des circonstances indépendantes de leur volonté a priori, nous n’en saurons pas plus). C’est ainsi que faute de remplaçant, le groupe WEGFEREND, prévu en ouverture de la journée sur la Bruce DickinScène, reprend le créneau laissé vacant.
WEGFEREND est un trio de Folk Onirique venu tout droit de Toulouse et composé d’Alexia Cazaméa au chant et à la flûte, de Manon Cazaméa à la guitare et Thomas Boissier aux percussions. En découvrant la playlist du festival, ce groupe m’a immédiatement interpellée grâce à leur morceau “The Wayfarer”, extrait de leur dernier album “En Autremonde – Chapitre Second” (2023). Je l’avais aussitôt noté comme un coup de cœur. Il se peut qu’en début de journée, l’absence d’une atmosphère immersive m’ait empêchée de pleinement entrer dans leur univers si singulier. A redécouvrir à l’occasion sous des auspices plus favorables.
BENIGHTED
Sous un soleil de plomb, BENIGHTED a transformé la Dave MusStage en véritable arène de chaos. Dès les premiers riffs, le public se jette corps et âme dans la mêlée, entre pogos effrénés et circle pits incontrôlables.
Julien Truchan, impérial au micro, mène les hostilités avec sa hargne habituelle, alternant growls abyssaux et pig squeals qu’il maÎtrise si bien. Le groupe déroule une setlist sans temps mort, mêlant brutalité pure et passages plus groovy qui enfoncent encore le clou.
En moins d’une heure, l’affaire est pliée : BENIGHTED a livré un show d’une intensité phénoménale, rappelant que leur grind/death sauvage reste une machine de guerre parfaitement huilée, même en plein après-midi.
HERIOT
A l’instar de ma journée d’hier, je saute d’un genre à l’autre : de l’onirisme de WEGFEREND, je file vers le metalcore du groupe britannique HERIOT.
Et première claque de la journée, en faveur de l’énergie dégagée sur scène et d’un son très puissant, porté par Debbie Gough au chant et à la guitare. Un nom qu’il faut garder en tête pour de prochains passage live – malheureusement rien de prévu à ce jour en France !
IMPERIAL TRIUMPHANT
J’avoue sans honte que la principale raison m’ayant poussée à venir voir le groupe new-yorkais de metal expérimental est leur esthétisme. Et malheureusement, je ne serai pas vraiment servie en ce milieu d’après-midi sous le chapiteau. Les lights du trio composé de Zachary Ezrin (chant/guitare), Steve Blanco (basse/claviers) et Kenny Grohowski (batterie) sont à l’image du son produit : saturé.
Je trouve dommage d’avoir une telle esthétique pour ne pas une pleine exploitation et partage, que ce soit vis-à-vis des photographes mais surtout du public ! Peut-être n’est-ce pas de leur fait, mais ça gâche un peu l’expérience.
BENEDICTION
Un peu plus tard dans la journée, c’est au tour de BENEDICTION d’investir la Dave MusStage. Les vétérans anglais du death metal old school montrent d’entrée qu’ils n’ont rien perdu de leur mordant : riffs massifs, groove irrésistible et une puissance qui traverse la foule comme un rouleau compresseur.
Dave Ingram, fidèle à lui-même, hurle derrière son micro sans relâche sur un public déjà chauffé à blanc par les concerts précédents. La setlist pioche autant dans leurs classiques de leur discographie que dans des titres plus récents, et chaque morceau est accueilli comme un hymne.
Sans artifice, mais avec une efficacité redoutable, BENEDICTION rappelle pourquoi ils restent une référence incontournable de la scène death metal. Une démonstration de force qui a marqué cette fin d’après-midi.
BLACKBRIAR
Hop hop hop, nouveau changement de registre avec les néerlandais BLACKBRIAR. Sur la DickinScène, après l’univers saturé sous le chapiteau, place à une lumière éclatante et colorée, à l’image de la charismatique chanteuse Zora Cock. D’ailleurs, un groupe néerlandais dont la chanteuse lyrique arbore de longs cheveux rouges, cela ne vous rappelle rien ? Si la comparaison avec EPICA s’arrête là, la prestation mérite l’attention – ce que le groupe aura totalement avec un public très fourni et engagé. Tous les membres occupent parfaitement la scène, ça joue et ça chante bien.
Leur passage au MOTOCULTOR sera l’occasion de présenter deux titres de leur prochain album, ‘A Thousand Little Deaths’, à venir la semaine suivante.
LACUNA COIL
Alors que la lumière commence à décliner, LACUNA COIL prend possession de la Dave Mustage et installe immédiatement son univers gothique. Porté par le duo vocal Cristina Scabbia et Andrea Ferro, le groupe déroule une prestation solide qui navigue entre mélodies accrocheuses et riffs plus modernes.
Le public se laisse vite happer par les refrains fédérateurs de titres comme « Heaven’s a Lie ou Our Truth », repris en chœur par une foule conquise. Les morceaux plus récents, plus lourds et teintés de metalcore, trouvent aussi leur place et renforcent l’impact scénique.
Avec une présence scénique charismatique et un son parfaitement calibré, LACUNA COIL réussit à transformer le Motocultor en une grande communion goth-metal. Un moment à la fois puissant et fédérateur, idéal pour lancer la soirée.
FLESHGOD APOCALYPSE
L’ouverture du concert de FLESHGOD APOCALYPSE se fait sur le sublime titre “Ode to Art (de’ Sepolcri)”, chanté en italien par Veronica Bordacchini, seule sur scène et brandissant un gigantesque drapeau de l’Italie. Difficile d’imaginer une entrée en matière plus grandiose : l’hommage au poète Ugo Foscolo, au moyen d’une orchestration intense et dramatique, colle magnifiquement au souffle lyrique de l’album ‘Opera’. Rien que d’en parler, des frissons me parcourent le corps !
La suite du set est technique, impressionnante par les performances vocales, mêlant growls, screams et chant lyrique.
Le public aura le plaisir de retrouver Julien Truchan, quelques heures après le passage très poussiéreux de BENIGHTED, sur scène pour interpréter le titre “The Fool” avec Francesco Paoli.
Alors que jusqu’à présent, la qualité sonore des concerts était vraiment très bonne, on regrette un problème technique rendant les voix inaudibles au milieu du concert.
Le temps file, FLESHGOD APOCALYPSE a su totalement embarquer le public dans son univers et c’est une reprise de “Blue” d’EIFFEL 65 (encore des italiens !) en guise de clôture de set. Encore une très belle découverte aujourd’hui, avec de nouveau une forte présence féminine – décidément, c’est mon fil rouge la journée.
KERRY KING
Attendu comme l’un des temps forts du jour, KERRY KING débarque sur la Dave Mustage avec son nouveau projet solo. Forcément, l’ombre de SLAYER plane encore, et le public ne s’y trompe pas : dès les premiers riffs, les nuques se brisent et le pit s’ouvre.
La setlist alterne entre les titres issus de son premier album solo et plusieurs classiques de SLAYER ( tel que « Disciple » ! ), accueillis comme de véritables hymnes par une foule en transe. Le son est massif, direct, sans détour : une déflagration thrash pure et dure.
Charismatique derrière sa magnifique Dean custom shop, KERRY KING impose sa présence avec une aisance naturelle. Pas besoin d’artifice ( à noté quand même une scénographie travaillée avec des décors lumineux à l’effigie du logo de KERRY KING ) les riffs suffisent à mettre le Motocultor à feu et à sang. Un concert simple, efficace et furieusement jouissif, qui a ravi autant les nostalgiques de SLAYER que les curieux venus découvrir son nouveau chapitre.
EIVØR
Deux styles deux ambiances s’affrontent en ce début de soirée : d’un côté KERRY KING, de l’autre EIVØR. Pour ma part, j’opte pour cette dernière et je découvre avec plaisir qu’il y a foule malgré tout !
A peine un an s’est écoulé depuis mon dernier concert d’EIVØR mais j’avais besoin d’une pause douceur dans cette journée intense et pour affronter la suite ! Et rien que pour prendre aussi une belle dose de grand sourire ! Un show comme toujours maîtrisé, envoûtant et démontrant l’étendue du talent de l’artiste féroïenne.
DIMMU BORGIR
Le grand moment arrive enfin, la nuit est tombée sur le Motocultor quand DIMMU BORGIR investit enfin la Dave Mustage. Dès les premières notes de “Puritania”, le ton est donné : monumental, écrasant, théâtral. Les riffs simple mais des plus efficaces, appuyés par les orchestrations massives qui ont fait leur légende, transforment instantanément le site en cathédrale noire à ciel ouvert.
Le groupe enchaîne ensuite avec plusieurs classiques qui font immédiatement réagir la foule. Les hymnes récents comme « The Serpentine Offering » ou « Council of Wolves And Snales » se mêlent aux incontournables plus anciens, notamment un “Mourning Palace” repris en chœur par toute la plaine. Chaque morceau devient un véritable rituel, porté par un son dense et une mise en scène millimétrée.
Sur scène, les silhouettes encapuchonnées imposent une présence, quasi liturgique, renforcée par les flammes, le jeu de lumière et l’intense fumée. Le contraste entre les orchestrations symphoniques et la brutalité des guitares trouve ici un équilibre parfait : tout est surdimensionné, mais tout fonctionne à la perfection.
Le public est massé par milliers et se laisse emporter dès les premières notes. Les premiers rangs pogotent avec non stop, tandis qu’à l’arrière, beaucoup lèvent les bras comme lors d’une cérémonie païenne. On sent cette ferveur collective rarement atteinte en festival, une communion totale entre le groupe et les fans.
Après plus d’une heure quinze de show, DIMMU BORGIR quitte la scène sous une ovation qui résonnera longtemps dans la nuit. Un concert grandiose, une véritable messe noire qui restera comme l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur show de cette édition 2025.
CARPENTER BRUT
Je pensais qu’après DIMMU BORGIR les gens partiraient se coucher ou faire la fête ailleurs – et à vrai dire, on dort à moitié devant FORBIDDEN sur la Supositor Stage. Mais non, le public attend massivement sur la Dave Mustage le concert de CARPENTER BRUT, éclairé par une sublime lune rouge.
Et soudain, l’énergie nous envahit à nouveau ! On se déchaîne à l’unisson, on lâche tout après ces deux premiers jours qui nous ont écrasé de chaleur et de poussière. Un set très sobre ce soir, pas de pyro, pas de boule à facette, pas de confetti, juste le son de Franck, accompagné d’Adrien Grousset à la guitare et Florent Marcadet à la batterie. Sobre mais follement efficace, on quitte le site fatigué.e.s, mais heureux.ses.
