Il y a des albums qui ne se contentent pas de remplir l’espace sonore. Ils s’y déposent comme une empreinte émotionnelle, presque physique. « The Only Heaven You’ll Know », le nouveau disque de CASKETS, m’a frappée comme ça sans prévenir, entre deux silences, comme une vérité qu’on ne voulait pas entendre.
Deux ans après « Reflections » (2023) et quatre après « Lost Souls » (2021), le groupe de Leeds revient avec un troisième album qui boucle une trilogie de résilience. Toujours sur SharpTone Records, CASKETS affine son art : un équilibre fragile entre la fureur et la tendresse, entre le cri et la confession.
L’émotion avant tout
Dès “Lost In The Violence”, j’ai senti cette urgence familière, cette tension entre contrôle et abandon. Les guitares de Benji Wilson et Craig Robinson structurent les morceaux en apportant un relief lumineux à un contexte plus sombre, tandis que la batterie de James Lazenby martèle le tempo du cœur. Et puis, la voix de Matt Flood surgit : claire, douloureuse, humaine.
Flood disait récemment à Kerrang : “This is the sound of me falling apart in real time.” C’est exactement ça, « The Only Heaven You’ll Know » est une chute, mais une chute lucide, presque apaisée. Chaque morceau y résonne comme une confession et, d’une certaine manière, une réparation.
Entre perte et survie
Le disque s’ouvre sur une note de désolation et se referme sur “Broken Path”, qui semble me dire que le salut n’est pas au bout du tunnel, mais dans la façon dont on apprend à marcher dans l’obscurité.
“Closure”, sans doute le morceau le plus fort du lot, m’a rappelé cette sensation que la douleur peut devenir un espace d’écoute. C’est beau, dur, et d’une sincérité désarmante.
Et puis il y a “Our Remedy”, en duo avec MAKE THEM SUFFER, qui ajoute une profondeur inattendue : deux voix qui s’entrechoquent, se répondent, se reconnaissent.
CASKETS ne parle pas de paradis. Le “Heaven” du titre est celui qu’on se construit soi-même à travers les autres, ou malgré eux.
Une identité qui s’affirme
Ce que j’aime chez CASKETS, c’est cette fidélité à leur émotion d’origine. Leur son évolue sans se travestir : le metalcore reste là, solide, mais il s’ouvre à la lumière. Pas d’esbroufe, pas de surproduction : juste ce qu’il faut pour laisser respirer la douleur et la beauté à parts égales.
Chaque musicien semble jouer pour quelque chose de plus grand que lui. Et Matt Flood, plus que jamais, chante comme s’il risquait tout à chaque phrase.
Ce qu’il me reste après l’écoute
En refermant « The Only Heaven You’ll Know », j’ai eu la sensation étrange d’avoir écouté quelqu’un tomber… et se relever. Pas héroïquement, pas triomphalement. Simplement, humainement.
CASKETS signe un disque intense, vulnérable et d’une justesse rare. Moins explosif que « Lost Souls », moins grandiloquent que « Reflections », mais infiniment plus vrai.
Un album pour celles et ceux qui ont déjà tout donné et qui, pourtant, continuent à chercher un peu de ciel dans la cendre.
“The Only Heaven You’ll Know” nous rappelle que la lumière ne se trouve pas toujours en haut. Parfois, elle est juste là, au creux des ruines.
Artiste : CASKETS
Album : The Only Heaven You’ll Know
Date de sortie : 07/11/25
Label : SharpTone Records
