
Il y a des albums qui arrivent comme une évidence, et d’autres comme une déflagration. « At Least We Try » appartient clairement à la deuxième catégorie. Pas de mise en jambes, pas de détour : le duo DIRTY RODEO entre dans le vif du sujet, frontalement, avec un disque qui transpire l’urgence, la sueur et les nerfs à vif. On n’écoute pas cet album en fond sonore, on le prend en pleine face.
Dès les premières minutes, l’album s’installe dans une tension permanente. Les guitares tranchent, la batterie cogne avec une précision presque militaire, et les voix alternent entre rugosité cathartique et fragilité assumée. Ce qui frappe, c’est l’équilibre : la colère n’est jamais gratuite, elle sert un propos. On sent des textes écrits dans l’instant, au ras de l’émotion, qui parlent d’épuisement, de tentatives ratées, de cette fatigue moderne qui colle à la peau et pourtant, il reste cette étincelle têtue : « Au moins, on essaie ».
Là où l’album gagne en épaisseur, c’est dans ses respirations. Entre deux déflagrations, le duo ose ralentir, laisser entrer la mélodie, flirter avec une sensibilité plus accessible sans jamais perdre son tranchant. Ces moments d’accalmie ne sont pas des pauses décoratives : ils amplifient l’impact des morceaux les plus violents, comme un pouls qui s’emballe après une inspiration profonde. Résultat : l’écoute est physique, mais aussi émotionnelle. On n’encaisse pas seulement des riffs ; on traverse des états.
La production joue la carte du brut maîtrisé. Rien n’est surpolissé, et c’est tant mieux : chaque saturation, chaque cri un peu fêlé rappelle que ce disque est né dans l’urgence plutôt que dans la recherche du « son parfait ». On a l’impression d’être dans la pièce avec eux, à quelques mètres des amplis, quand la sueur commence à perler et que la musique déborde du cadre.
« At Least We Try » n’est pas qu’un album de plus dans le rayon post-hardcore : c’est un journal de bord nerveux, une tentative sincère de transformer la fatigue en énergie, la frustration en mouvement. Un disque qui ne promet pas de solution miracle, mais qui rappelle qu’essayer, déjà, c’est une forme de résistance.

Artiste : DIRTY RODEO
Album : At least we try
Date de sortie : 13 Février 2026
Label : En soirée je danse pas




