
Soleil noir sur le désert : « Black On Sunshine » comme mirage électrique
Dans la chaleur rêche du désert californien, AVON allume une nouvelle torche et la tient très près du visage.
« BLACK ON SUNSHINE » paraît le 17 avril 2026 chez GO DOWN RECORDS, annoncé comme un disque de desert rock, stoner rock et psychédélique, pressé en vinyle splatter jaune et noir, une matière visuelle déjà pleine de poussière et d’électricité.
C’est le troisième long format après « MAD MARCO » (2016) et « DAVE’S DUNGEON » (2018).
Un album aux arrangements serrés, psychédéliques, mais toujours traversés par une forme de défi brut, comme si la mélodie devait se frayer un passage à travers le sable et les amplis. La production est assurée par JAMES CHILDS. L’album a été enregistré, produit et mixé à LOS ANGELES (STUJO) en mars 2025, à l’exception de « BANDITS » et « DOORWAY », captés au ROYAUME-UNI (SQUARESPACE STUDIOS) en août 2022.
Et si tout le disque est crédité à AVON, une exception raconte déjà une histoire : « STRANGEST LOVE » est signé JAMES CHILDS avec NICK DAVIDGE, invité aussi au micro et à la guitare sur certains titres.
L’album s’ouvre avec le morceau-titre « BLACK ON SUNSHINE », comme une vitre qu’on baisse d’un coup sur l’autoroute. L’air brûlant entre, la lumière découpe les reliefs, et le groupe expose d’emblée son goût des harmonies et du psychédélisme avec, en surplomb, la présence de NICK DAVIDGE à la guitare et aux chœurs.
Puis « AWKWARDNESS » avance sur un pas métronomique, presque mécanique, une quête de robot rock où la batterie et le riff deviennent un langage de corps plutôt qu’un discours : ça cogne droit, ça raconte l’inconfort moderne, cette communication qui se dérobe alors même que tout semble « connecté ».
« SPACEBAR », quant à lui, a le goût métallique des écrans tardifs. L’ombre de la publicité, la tentation, la sensation d’être suivi… une chanson qui fait danser la paranoïa comme un néon qui grésille. « NEVER IN A MILLION YEARS » creuse une veine plus cinématographique avec une grosse ligne de basse, une histoire de rejet, et ces images mentales entre SEATTLE et CALIFORNIE dignes du grand écran.
Avec « BANDITS », AVON revient au coup de poing. Un véritable punch au cœur, ça se cabre, et la guitare finit par ouvrir une brèche où la phrase devient incantation : « I see you, I feel you, I touch you. »
La face B élargit encore le paysage. « NINETEEN BRUISES » roule comme une route perdue, un desert rock pur, des mélodies rêveuses et une basse qui guide l’auditeur comme un phare fatigué. « SUPER FURRY ANTIDOTE », lui, porte une mémoire longue. Une première version enregistrée au ROYAUME-UNI dès 2003 avec GEOFF BARROW (PORTISHEAD) à la batterie, restée inédite jusqu’à aujourd’hui, preuve que certaines chansons attendent simplement la bonne maison, le bon moment, la bonne lumière.
« DOORWAY » est peut-être le cœur secret du disque. Écrite au lendemain du millénaire, conservée pendant vingt-cinq ans avant d’être enfin lâchée, elle est comme une lettre qu’on n’osait pas envoyer et qu’AVON habille d’un parfum 80s assumé.
« STRANGEST LOVE » remonte encore plus loin (début 1993) et retrouve NICK DAVIDGE avec un rythme solide, des refrains bien lourds, une sensualité frontale et une vieille étincelle qui n’a pas perdu sa chaleur.
Et « OBLIVION » referme l’ensemble en laissant ce réflexe très simple : chercher la touche repeat.
Derrière ce soleil noir, la formation est resserrée et lisible avec ALFREDO HERNÁNDEZ à la batterie, JAMES CHILDS au chant et à la guitare, et JUNE KATO à la basse. Un trio électrique auquel s’ajoute, le temps de quelques apparitions, l’ombre d’un invité.
Et il y a, dans ce casting, un détail qui pèse lourd : le parcours d’ALFREDO HERNÁNDEZ, passé par des jalons majeurs du désert (KYUSS, QUEENS OF THE STONE AGE, DESERT SESSIONS), donne à AVON ce grain immédiatement reconnaissable, un battement à la fois massif et vivant, comme s’il avait appris à faire sonner la poussière. Autour, l’histoire de JAMES CHILDS (AIRBUS, collaborations, écriture pour l’image) ajoute une conscience de la forme : des chansons qui savent être accrocheuses sans cesser d’être rêches.
Au bout de « BLACK ON SUNSHINE », il reste cette évidence tranquille. La lumière n’est pas toujours ce qui sauve, parfois elle révèle seulement la poussière que l’on porte en soi. Et c’est peut-être là que la musique d’AVON touche juste, quand elle transforme le vacarme en boussole et le riff en prière sans dieu, pour nous rappeler que l’on avance moins vers une sortie que vers une manière d’habiter la nuit.

Artiste : AVON
Album : Black On Sunshine
Date de sortie : 17 Avril 2026
Label : Go Down Records




