The Underground Resistance – XIV – Août 2026

Un peu comme le mois dernier, le rythme des sorties s’est quelque peu calmé et nous a laissé le temps de respirer un minimum, même si les multiples canicules et autres feux de forêt n’ont pas aidé… Mis à part cela, ce mois d’août 2026 a vu partir trois personnes incroyables qui vont manquer à l’humanité, qui n’en a jamais eu autant besoin ces temps-ci. Je parle évidemment de DOLLY PARTON, TIM CURRY et PETER CULLEN qui, chacun à sa manière, étaient de véritables rockstars dans leur domaine, ont véritablement œuvré au Bien et sont des sources d’inspiration et d’admiration sans pareilles.
Mais assez discuté, place à la musique !
Groupes cités
AEGNIMATUM – « Infinitude’s Passage »
Death/Black Metal Progressif – USA – 2026 – 20 Buck Spin
À la surprise générale, ÆNIGMATUM a sorti son nouvel album le 31 juillet ; je fais donc une petite entorse pour vous parler de ce superbe disque. Moi qui connais le groupe depuis son précédent album qui m’avait bien plu à sa sortie en 2021, cette sortie inattendue fut une réelle et belle surprise. En effet, comme aucune attente n’est créée, la découverte est totale et bien souvent forte en émotions. Dans mes souvenirs, le quatuor de Portland versait dans un Death Metal dissonant assez impénétrable, et bien que cela soit encore le cas sur ce nouvel album, on sent que le groupe étend son horizon musical. Il vient enrichir ses compositions et démontre toute l’étendue de son talent d’écriture. En plus d’être magnifiquement illustré, le bien nommé « Infinitude’s Passage » joue avec notre notion de l’espace et du temps avec des compositions alambiquées et fascinantes.
HANTERNOZ – « A hed an noz, a noz, a noz »
Black Metal/Folk – France – 2026 – Antiq Label
HANTERNOZ est un des nombreux projets dans lesquels officie Hyver (ou Hyvermor, c’est selon), patron du label Antiq et derrière certains des groupes de black metal français les plus constants et fantastiques. Hyver se cache derrière VÉHÉMENCE, GRYLLE, PAYDRETZ ou encore TOUR D’IVOIRE, et donc HANTERNOZ, qui a sorti son troisième album « A hed an noz, a noz, a noz ». Et bien que thématiquement ces projets puissent se rejoindre sur certains sujets comme le rural ou le médiéval, chacun a son identité propre et est reconnaissable immédiatement.
Inspiré par les légendes bretonnes et leur bestiaire foisonnant, HANTERNOZ nous conte, via plusieurs figures monstrueuses, la venue de l’Ankou, personnification de la Mort qui, de sa faux, emporte les malheureux. Avec un thème aussi lourd, le black metal de HANTERNOZ est désespéré, maladif et nous laisse impuissants face à cette terrible nuit qui ne demande qu’à se terminer. Encore une fois, Hyver démontre tout son talent de composition avec un black metal d’une authenticité rare et passionnée.
WARFORGED – « The Grove – Almanac »
Death Metal Progressif – USA – 2026 – The Artisan Era
Acteur plus discret de la très vive scène du death metal moderne et progressif américain, composée de formations comme RIVERS OF NIHIL, THE FACELESS, THE ZENITH PASSAGE ou encore FALLUJAH, WARFORGED n’est pas pour autant à mettre de côté. En effet, cette scène, très chère à mon cœur, est une source quasiment intarissable de pépites musicales qui aiment prendre des risques et bousculer les codes. Et bien souvent, ça fait mouche !
Ainsi, quatre années après « The Grove – Sundial », le quintette de Chicago nous dévoile le second volet de son concept « The Grove ». Avec un sacré travail sur l’ambiance, poisseuse et oppressante, WARFORGED nous plonge dans un rêve fiévreux qui aime surprendre son auditeur par les chemins qu’il lui fait emprunter. Le groupe ose le mélange des genres et forge un album d’une amplitude rare, qui ne demande qu’à être réécouté pour en découvrir toutes les subtilités.
FOSSE SEPTIQUE – « Septicity«
Goregrind – Danemark – 2026 – Extremely Rotten Productions
Le groupe s’appelle FOSSE SEPTIQUE, est-ce qu’il faut vraiment plus développer ? Bien que le goregrind soit un des styles qui m’attirent le moins (sans dec…), je dois bien avouer qu’il y a quelques exceptions qui réussissent à trouver une forme de « grâce » à mes oreilles. Des groupes comme CARCASS (et ses deux albums fondateurs du style), un LAST DAYS OF HUMANITY ou même ROMPEPROP valent le détour.
Et donc, attiré par le nom et cette pochette aussi crade qu’incompréhensible, je me suis laissé prendre dans le piège putride de FOSSE SEPTIQUE, qui, en seulement huit minutes, réussit à me retourner l’estomac avec sa musique à l’agressivité fétide et purulente. À l’image de sa pochette, on ressort épuisé d’un tel niveau de violence, mais il faut bien avouer que, par moments, ce n’est pas désagréable.
JIG-AI – « Jigoku »
Goregrind – République Tchèque – 2026 – Bizarre Leprous Productions
Si FOSSE SEPTIQUE représente le côté gore et pustulent du goregrind, JIG-AI lui représente plus son côté groovy (bien que FOSSE SEPTIQUE soit résolument groovy dans son genre) et est plus léger dans son propos. A l’instar de leur compatriote GUTALAX, JIG-AI joue un grind survitaminé, fédérateur et où la prise de tête n’est pas permise.
Très influencé par la culture nipponne dans ses versants les plus gores et déviants (à la base), JIG-AI n’a de cesse de délivrer des albums excessivement fun musicalement et où le groove est roi. Ce genre de groupes de grind comme JIG-AI, GUTALAX, GRONIBARD ou même ULTRA VOMIT à ses début (démo “Kebabized at Birth” et le premier album « Mr.Patate ») poussent les curseurs du « trop » tellement loin que cela en devient ridiculement violent et donc absolument génial !
OBSERVERS – « The Emerald »
Metal Progressif Instrumental – Australie – 2026 – Indépendant
En voyant le logo et la pochette, je croyais avoir affaire à un énième groupe de black atmosphérique comme il en existe des tonnes, pas mauvais mais assez générique au final. Alors quelle ne fut pas ma surprise lorsque je me suis rendu compte que j’avais affaire à un projet instrumental progressif assez passionnant.
Bien que je me sois trompé sur le style, je ne me suis pas trompé sur le côté atmosphérique de la musique. En effet, l’album étant totalement instrumental, le travail sur l’atmosphère se doit d’être béton, et c’est le gros point fort d’OBSERVERS et de cet opus. Dès les premières notes, nous sommes transportés sur cette planète mystérieuse qui nous réserve bien des secrets, et plus l’album avance, plus nous sommes subjugués par la maestria musicale déployée pour nous dépeindre ce monde si énigmatique.
HULDER – « Verbolgen«
Black Metal – USA – 2026 – Season of Mist
Originaire de Belgique puis relocalisé aux États-Unis, HULDER opère son grand retour avec son troisième album. Bien que son mari l’ait rejointe au sein du groupe, HULDER reste avant tout le projet de Marliese, qu’elle mène tambour battant depuis quasiment une décennie désormais. Après plusieurs démos, EP, compilations et singles, c’est en 2021 que HULDER frappe un grand coup avec son premier album, « Godslastering: Hymns of a Forlorn Peasantry », qui propulse la jeune formation dans la scène black metal très concurrentielle.
De par sa nature, HULDER est souvent comparé à DARKENED NOCTURN SLAUGHTERCULT, mais je trouve cela assez réducteur pour le projet américain. Mis à part le fait que ce soient des groupes de black metal de grande qualité dont la figure principale est une femme, musicalement ils sont relativement éloignés. En effet, là où D.N.S joue un black metal brutal et trve dans la veine d’un GORGOROTH, HULDER joue un black metal tout aussi trve mais qui fait la part belle à d’envoûtantes atmosphères, comme peut le faire EMPEROR par exemple. Et pour ce troisième album, HULDER s’est surpassé : l’album est d’une fluidité phénoménale et nous plonge dans son ténébreux monde médiéval où démons et mystères sont légion.
LAMMOTH – « Onward«
Black Metal – USA – 2026 – Indépendant
Alors, Le Seigneur des Anneaux, c’est un voyage initiatique épique et prenant, d’immenses batailles, des personnages de légende, mais c’est aussi tout un monde plus discret qui vit malgré toutes les menaces qui rôdent. Eh bien, pour ce premier album, LAMMOTH a décidé de rendre hommage à ce monde par le prisme de ce mignon cheval qui aspire à de grandes choses.
Avec un mélange plutôt rafraîchissant de post-black metal et d’éléments électro rétro, LAMMOTH nous embarque dans cette aventure colorée et prenante. Comme peut le faire ALCEST (surtout sur ses premiers albums), l’écoute de LAMMOTH me procure cette curieuse sensation de nostalgie d’un autre temps où tout me paraît plus simple, plus coloré et où l’aventure est partout !
MISCREANCE – « Reminiscence »
Technical Thrash/ Death Metal – Italie – 2026 – Season of Mist
S’il y a bien un groupe qui fascine beaucoup d’entre nous, c’est bien évidemment ATHEIST. Pionniers absolus du death metal technique et progressif dès le début des années 90, les Floridiens ont écrit certains des albums de metal les plus inventifs et avant-gardistes de leur temps. En quatre albums, ATHEIST a marqué son époque et n’a de cesse d’inspirer bon nombre de jeunes formations comme les Italiens de MISCREANCE.
Second album pour le quatuor et c’est une nouvelle fois une très bonne surprise. Il y a quatre ans, « Convergence » montrait un groupe solide qui ne demandait qu’à s’exprimer ; eh bien, « Reminiscence » confirme l’essai en nous proposant un album encore plus ambitieux. Bien que l’on retrouve ce son death metal technique old school si savoureux d’un DEATH, d’un PESTILENCE, d’un CYNIC et bien évidemment d’ATHEIST, MISCREANCE réussit à se réapproprier ces influences pour nous donner un des meilleurs albums de death metal de l’année aux côtés du dernier CRYPTIC SHIFT sorti plus tôt cette année.
MASTODON – « Marrow Deep »
Metal Progressif – USA – 2026 – Loma Vista Recordings
L’année dernière, Brent Hinds, guitariste fondateur de MASTODON, a perdu la vie tragiquement dans un accident de moto, quelques mois seulement après son tonitruant départ du groupe. Simple embrouille passagère ou fracture plus profonde, nous ne le saurons très certainement jamais. Avec son jeu de guitare si particulier, Brent Hinds a aidé à façonner MASTODON et son départ laisse un immense vide impossible à combler complètement.
« Marrow Deep » est le premier album sans la contribution directe de Brent Hinds, mais il faut croire qu’en plus d’être d’incroyables musiciens, ses anciens compères savent aussi communiquer avec l’au-delà. Ce nouvel album est du MASTODON pur jus et Brent Hinds semble habiter chacune des notes jouées. On y retrouve toutes ces saveurs qui ont façonné le groupe. C’est tout aussi virtuose que chaotique, d’une générosité intarissable, et cela constitue un puissant et poignant hommage à leur ami parti trop tôt.
AZATOTH – « Carnal Lust of Blasphemy«
Death Metal – Finlance – 2026 – Extremely Rotten Productions
Extremely Rotten Productions fait partie de ces labels dont on sait déjà, avant même l’écoute, que le groupe qu’ils mettent en avant vaut le détour. Et donc la maison de groupes comme UNDERGANG, MORTUOUS, GOREPHILIA vient de nous dénicher la sacré pépite qu’est AZATOTH qui sort son premier album “Carnal Lust of Blasphemy”.
Issu de diverses formations locales, les Finlandais d’AZATOTH viennent sanctionner avec un album qui dégueule de style. AZATOTH joue un Death Metal furieux et monumental dans le pur style scandinave et nous rappelle que la Finlande est tout autant un grand pays de Death Metal que de Black Metal.
SEV LEZU – « Blood Conscript«
Black/Death Metal – USA – 2026 – Indépendant
SEV LEZU est un trio bien mystérieux. En effet, peu d’informations sont disponibles sur le groupe, mis à part une page Instagram elle aussi assez avare en détails. C’est directement via Bandcamp que mon œil a été attiré par cette pochette bleu nuit très sympathique.
Bien que cet opus soit un peu trop court à mon goût (à peine 25 minutes), SEV LEZU nous offre un album vraiment intéressant et assez rafraîchissant. Le black metal pratiqué ici va puiser dans la fureur du grindcore ses mélodies conquérantes et vengeresses, qui installent une tension dangereuse tout du long. SEV LEZU ne se perd pas dans la contemplation : le monde dans lequel il évolue est ravagé par la guerre et la folie de l’Homme. Ce premier album nous permet d’entrevoir un fragment de cette réalité.
GORGE – « Deeds of Horror »
Brutal Death Metal – Italie – 2026 – Time to Kill Records
Formé par deux complets ravagés de death metal, dont l’un officie déjà chez l’excellent FULCI, voici venir le premier long format du vilain GORGE. Là où FULCI s’inspire de groupes de brutal death plus traditionnels comme CANNIBAL CORPSE ou MORTICIAN, GORGE marche dans les pas de géants comme DYING FETUS ou encore SUFFOCATION, dont les influences hardcore et slam sont beaucoup plus prégnantes.
Si les groupes mentionnés plus haut vous parlent, GORGE est fait pour vous ! En effet, je trouve qu’il est vraiment dur de singer un groupe comme DYING FETUS ou SUFFOCATION tant leur style leur est propre. L’année dernière, nous avions eu « Malignity » de VILE APPARITION, qui avait réussi à s’approprier le son de SUFFOCATION ; eh bien, GORGE réussit son coup et arrive à se réapproprier le style de death metal si savoureux de DYING FETUS. On y retrouve ce si subtil mélange de brutal death metal et de hardcore bestial, que l’on pourrait appeler deathcore, pour engendrer une musique géniale de bestialité et de groove.
CARCERAL – « Descending Reprisal«
Tech-death progressif instrumental – Brésil – 2026 – I, Voidhanger Records
Si vous êtes en quête d’originalité et d’avant-garde en metal extrême, le label italien I, Voidhanger Records va vous faire découvrir de sacrés albums et groupes. Pour ma part, c’est un label qui m’a fait connaître tellement de groupes que je reviens sans cesse explorer ce qu’il a à nous offrir. Pour être honnête, je suis toujours impressionné par sa capacité à nous dénicher des groupes qui sortent de l’ordinaire dans tout un tas de genres, tous plus éclectiques les uns que les autres.
Et cette fois-ci, nous nous aventurons dans les obscures contrées du tech-death progressif instrumental, et encore une fois, c’est une sacrée découverte ! Avec sa pochette digne de DARK SOULS, les Brésiliens de CARCERAL nous retournent le cerveau avec un album de haute volée et d’une efficacité imbattable. En effet, le quatuor ne fait pas juste une démonstration technique : « Descending Reprisal » est avant tout un véritable album de death metal qui vient élever son propos via la technicité de ses compositions.
HESPERIA – « Picenum (True Marchigian Black Metal Renaissance)«
Black Metal – Italie – 2026 – Hammerheart Records
Actif depuis trente ans et piloté par le solitaire Hesperus depuis ses débuts, HESPERIA vogue à travers des mers déchaînées sans que cela semble le faire dévier de sa quête principale. Inspiré par les civilisations antiques et les légendes folkloriques de sa région, ce neuvième album est une nouvelle ode à ces mondes cachés, secrets et mystérieux.
Bien que relativement formel, tant visuellement (quel régal, cette pochette !) que musicalement, cet opus est un véritable plaisir d’écoute. On sent une réelle passion pour ce médium ; les influences d’EMPEROR, de NOKTURNAL MORTUM ou même de SUMMONING par instants sont indiscutables et se ressentent tout au long d’un disque plus que généreux dans son contenu.
Bien que plus léger, ce mois-ci fut bien sympathique et nous a donné de sacrés albums qui devraient figurer dans les tops de certains. En tout cas, septembre s’annonce monstrueux vu le nombre d’albums présélectionnés… Ça va être du costaud, c’est sûr !
Comme d’habitude, si un ou plusieurs albums vous ont plu et que vous pouvez vous le permettre, n’hésitez pas à soutenir directement les artistes et les labels qui font vivre notre musique préférée.
À très vite !




