Moins de dix minutes. Il n’y a pas toujours besoin de plus pour dire l’essentiel.
Le grindcore n’a pas besoin de durer pour frapper fort. Le groupe finlandais ROTTEN SOUND sortira son nouvel EP « Mass Extinction » (Season of Mist) le 12 décembre 2025 avec une intention féroce : énoncer et dénoncer les maux de la société en les faisant exploser dans une déflagration sonore aussi brève que redoutable.
La formule reste inchangée depuis « Apocalypse » (2023). Huit titres, moins de dix minutes mais pourtant l’impression d’avoir parcouru un monde ravagé et en ruines.
« Recycle » : pas d’intro, ni d’outro, on ressent une urgence glaçante. Les blast beat de Sami LATVA sont impeccables, le riffing de Mika AALTO est sans fioriture, saturé, ressemblant à une machine industrielle sur le point d’imploser sous la pression. Les paroles sont brèves, impérieuses, interprétées par un Keijo NIINIMAA nous offrant une performance comprimée d’une brutalité sans détour, presque suffocante. La hargne militante de « Recycle » est palpable. Le titre dénonce, comme si chaque seconde comptait.
« Ride Of The Future » : avec « Ride of the Future », ROTTEN SOUND poursuit sa déflagration contrôlée. Vitesse, impact, brutalité. La trajectoire est droite, peu importe les obstacles rencontrés. Le riffing et les blasts sont nerveux, féroces, donnant l’impression d’un véhicule lancé à toute allure. La voix se contracte, éructe dans une urgence encore viscérale comme pour devancer une catastrophe inévitable. Avec ce morceau, le groupe nous propose une collision brutale avec un futur dystopique, où la destruction règne.
« Gone » : malgré une tension semblable aux autres morceaux, « Gone » laisse une empreinte émotionnelle plus marquée. On ressent le désespoir, la perte et la douleur à travers la performance de NIINIMAA qui nous offre un chant aussi brutal que déchirant. L’instrumentalisation est toujours aussi prenante et suffocante, teintée d’une gravité inhabituelle. « Gone » nous rappelle que la violence sonore peut être une émotion palpable autant qu’une arme redoutable, où l’urgence et l’effondrement sont inéluctables.
« Polarized » : dans ce morceau, ROTTEN SOUND frappe là où ça fait mal : au cœur même de la faille. « Polarized » provoque, attaque et donne une impression de conflit permanent. On accélère, on hurle puis on se pose et on explique. Cassure rythmique, instabilité. On sent la double personnalité du morceau, la contradiction. Une sorte de schizophrénie musicale.
« Brave New World » : pivot de l’EP, « Brave New World » continue sa course folle à travers un futur dystopique avec un grindcore toujours aussi abrasif. Le morceau nous propose des notes électroniques, froides et métalliques comme pour nous entrainer dans une dérive technologique. La pulsation est régulière, très mécanique. Avec « Brave New World », ROTTEN SOUND nous enferme hermétiquement dans un espace où la normalisation et l’ordre sont subis pour mieux servir la déshumanisation.
« Empty Shells » : le titre nous offre une matière plus épurée, avec un rythme plus discret voire effacé qui donne un effet de flottement comme si la conscience même finissait par vaciller. On peut y ressentir une lassitude, un vide qui commence à se faire grand mais toujours dans une dynamique de marche incessante. L’aliénation humaine est personnifiée par une batterie robotique en perpétuel fonctionnement ainsi qu’une guitare disloquant l’espace-temps.
« Idealist » : nous entrons dans un contraste entre lumière et obscurité, dans un combat entre espoir et désespérance avec une société pleine de bonnes intentions, paralysée dans un idéalisme naïf. La rythmique est plus claire et plus dénonciatrice et vient déverser toute sa rage pour nous réveiller : « WAKE UP ! »
« Mass Extinction » : la brutalité et la lourdeur de l’EP seront à leur apogée avec « Mass Extinction ». Notre cavale infernale s’arrête dans un monde postapocalyptique, grand final d’une extinction lente et douloureuse. La course est terminée, les dégâts sont irrécupérables. Le morceau sonne comme une archive audio d’un monde sans plus aucune humanité. Le glas a sonné.
Vitesse, compression, brutalité : avec « Mass Extinction », ROTTEN SOUND nous propulse sans ménagement dans un monde baigné dans un pessimisme moderne, dans un chaos aussi incontrôlable que méthodique où la chute était inévitable.
ROTTEN SOUND, vétéran du grindcore, continue donc de faire des ravages dans un temps imparti avec une rage authentique et sans compromis.
Artiste : ROTTEN SOUND
Album : Mass Extinction
Date de sortie : 12/12/25
Label : Season of Mist
