Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Camille et Colin Goellaen Duvivier, le duo derrière MOUNDRAG, à l’occasion de la sortie de leur deuxième album « Deux », paru le 8 octobre 2025.
Gwen : Pouvez-vous déjà vous présenter et présenter votre groupe en quelques mots pour les personnes qui ne connaîtraient pas encore votre univers ?
Camille : MOUNDRAG, c’est un duo de frangins : moi-même Camille et Colin. Moi, je suis à l’orgue et au chant, et Colin à la batterie et au chant. On fait du « hard progressif heavy psychédélique ». C’est un mouvement musical anglais apparu entre 1968 et 1974, c’est hyper précis. On est un peu comme des archéologues, on aime beaucoup ces genres de groupes-là, on recherche pas mal sur internet. Tous ces groupes nous influencent à fond dans la musique que l’on fait maintenant dans Moundrag, tout en gardant nos oreilles ouvertes sur 2025 et ce qu’il se fait actuellement, avec un gros penchant rock vintage entre 68 et 74.
Gwen : En parlant de « rock vintage », quelles sont justement vos plus grosses influences ?
Colin : Alors, la plus grosse influence c’est DEEP PURPLE, car c’est grâce à ce groupe-là que l’on a commencé à faire du rock. Et après, on dérive plus vers des trucs plus psychédéliques et progressifs comme ATOMIC ROOSTER, GENESIS, RUSH…
Camille : EMERSON, LAKE AND PALMER, grosse grosse influence.
Colin : Voilà, pour citer le haut de l’iceberg, vraiment les groupes les plus connus, ceux qui faisaient le plus de feats et de grosses tournées à l’époque. Après, il y avait des trucs beaucoup plus obscurs…
Camille : Dont on taira le nom !
Colin : Mais voilà, ce genre de groupes essentiellement.
Gwen : Et pour les influences actuelles, plus récentes ?
Camille : En plus récent, j’ai vu le mois dernier la tournée de SLOMOSA et KADAVAR. Ça, c’est vraiment de belles influences. KADAVAR, ça fait longtemps que ça tourne maintenant, ce sont un peu les darons du rock revival.
Colin : Il y a pas mal de groupes comme ça, malheureusement pas de groupe français, comme par hasard. Mais beaucoup de groupes allemands, ou scandinaves et tout ça : THE WOLF avec un organiste, BIRTH OF JOY qui s’est arrêté il y a quelques années, Alas un groupe suédois qui font du « phantasmagoric rock epic » et c’est vachement bien. Des groupes modernes, mais qui empruntent une musique teintée 70’s. Il y a un gros milieu revival en Europe, et en fait, nous, même si on kiffe les années 70, on kiffe aussi les groupes un peu comme nous qui font ce genre de truc.
Camille : Après, un truc purement moderne… rock moderne ? On ne connaît pas trop.
Colin : Je dirais QUEENS OF THE STONE AGE, mais plus dans l’énergie que musicalement parlant.
Gwen : Vous m’avez parlé de vos rôles respectifs, et vous chantez donc tous les deux !
Colin : Ça a été un gros challenge au début, car on ne chantait pas. On a vraiment commencé à chanter avec la formation du groupe en 2019, car ça fait depuis toujours que l’on fait de la musique et on a dû chanter sur le tard. Oui, c’est original un duo de ce style de musique avec orgue et batterie.
Camille : Généralement, dans le rock revival, on pense tout de suite à Jimmy Page (LED ZEPPELIN), Jimi Hendrix, des guitaristes, et dans MOUNDRAG il n’y a pas de guitare, c’est aussi ça qui fait l’originalité du truc, et c’est aussi pour ça que l’on sort un peu du lot. On propose un truc un peu différent.
Gwen : Effectivement, ça change pas mal de ce que l’on a l’habitude d’entendre. Et d’ailleurs, dans le dernier album, j’ai pu entendre de l’accordéon.
Camille : C’est le dernier morceau de l’album, la ballade de l’album, qui s’appelle « Night Lights ». On a demandé à nos parents, qui sont tous les deux musiciens, accordéoniste et violoniste, de jouer avec nous sur le dernier morceau.
Colin : Très intimiste, très familiale.
Camille : Et pour ceux qui reconnaîtront, il y a un clin d’œil à un morceau d’EMERSON, LAKE AND PALMER, avec de l’accordéon. Je n’en dirai pas plus.
Gwen : Revenons sur votre dernier album qui s’appelle « DEUX ». On peut y voir plusieurs références, cela vous représente bien : vous êtes deux, c’est votre deuxième album, vous venez du 22 (les Côtes-d’Armor)…
Camille : On ne nous l’avait jamais faite, mais pourquoi pas !
Colin : C’est le truc hyper symbolique, en fait. On a toujours été une fratrie de deux frères, c’est le deuxième album, et pour ne pas reprendre ce qu’avaient déjà fait des groupes comme LED ZEPPELIN avec les chiffres romains, on a préféré l’avoir écrit en toutes lettres. C’est un peu plus original et puis ça fera chier les Anglais qui le prononceront « déouxe » [rire]. Et ça marche avec la pochette de l’album et ces deux personnages. Il y a tout un concept autour de ce duo-là. Et pour revenir à la chanson Night Lights, qui est la chanson avec nos parents qui jouent dessus, qui eux aussi ont toujours été en duo accordéon/violon.
Camille : Il y a donc plein de symboliques autour du chiffre deux.
Gwen : En quoi Deux se distingue du premier album ?
Camille : Je pense que c’est tout de même dans la continuité du premier, mais on a évolué dans notre musique. On a appris à mettre plus d’air dans la musique, il y a plus de morceaux car déjà dans le premier album, « Hic Sunt Mondrages », on a mis un morceau de 20 minutes en face B (album sorti en vinyle). Et là, pour l’album « Deux », on est parti sur un truc plus classique avec neuf morceaux face A, face B, et le son est un peu plus « moderne ».
Colin : On est dans l’évolution, c’est un deuxième album ! Le premier album est toujours plein de rage, de fougue. Le deuxième, on reprend les erreurs du premier pour ne pas les refaire, on continue de faire des erreurs, car ce n’est que le deuxième, on est toujours dans l’évolution. Il est plus psychédélique, moins prog, il est plus simple à écouter que le premier, même si ça foisonne d’influences.
Gwen : Vous avez tout de même un morceau de sept minutes, ça ne vous dirait pas de repartir sur une performance de 20 minutes ?
Camille : Ça nous plairait, mais ce que nous a dit notre premier ingé son, c’est que si l’on fait des morceaux de 20 minutes sur chaque album, au bout du quatrième on pourrait partir avec un orchestre symphonique, comme un opéra. Un concert de deux heures. Pourquoi pas !
Gwen : Dans quel état d’esprit étiez-vous pendant l’écriture de ce deuxième album ? Y avait-il un thème central ?
Camille : On parle surtout de la mort et des légendes celtiques, il y a pas mal de références à ça, et puis il y a toujours notre regard critique sur la société, le changement. Par exemple, le morceau Changes sur la revendication du droit des femmes.
Colin : La composition de l’album s’est faite en plusieurs étapes. Il y a des morceaux qui sont déjà assez vieux, des riffs que l’on a trouvés à l’époque de notre premier album qu’on a petit à petit construits, mais les paroles sont arrivées peut-être six mois avant l’enregistrement. On a composé l’album il y a déjà trois ans, on l’a enregistré, ça fera deux ans en février. Donc, quand on parle d’un album comme ça, il faut remonter pas mal de chapitres parce que les premiers morceaux datent d’il y a quatre, cinq ans, l’enregistrement il y a deux ans, et il est sorti là en octobre. Pour les gens, c’est récent, mais pour nous c’est vieux déjà. Parfois, tu écris des choses qui t’ont marqué à un moment et qui ressortent plus tard. Tu te dis : « j’ai écrit cette chanson dans tel état d’esprit, mais j’ai changé … »
Camille : Les gens disent que le studio c’est une photographie du groupe à l’état présent, dans l’instantané, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’avant ça, il y a une grosse partie création et réflexion pour ramener les riffs, le thème, les paroles et tout ça.
Gwen : Comment se passe l’écriture à deux ?
Camille : Ça va naturellement. Généralement, quand on se retrouve, on jam un peu et là il y a des idées qui apparaissent. On laisse mûrir, on remélange ça avec d’autres idées qu’on avait avant et parfois ça va très vite. Le morceau Changes a été composé en une journée, comme Limbo, alors que Morning Epitaph, il a été très long, on ne savait pas comment agencer les différentes parties.
Colin : Et c’est souvent au dernier moment, une semaine avant d’arriver au studio, lorsqu’on a une échéance, qu’on se dit : « Là, il faut se décider. » Parfois on sent que quelque chose ne va pas et c’est là que c’est intéressant d’avoir l’oreille de l’ingé son avec qui on bosse depuis tout le temps, Goudzou qui est le chanteur et bassiste de KOMODOR (NDLR : super band issue de la rencontre des deux formations MOUNDRAG et KOMODOR). Et lorsque l’on bloque sur un morceau, il a le recul nécessaire et l’oreille pour nous guider.
Camille : C’est un peu notre producteur artistique. Surtout que nous ne sommes que deux et frères, et on bloque, alors avoir une tierce personne, un regard, une oreille extérieure, fraîche peut énormément aider.
Gwen : Ça vous arrive d’être en désaccord ?
Camille : Bien sûr.
Colin : Parfois on n’est pas en phase, mauvais timing, mais en y revenant plus tard on se rend compte qu’il y avait de bonnes choses.
Camille : C’est pour ça qu’on enregistre tout pour y revenir plus tard.
Colin : Mais quand les étoiles sont alignées et qu’il y a l’alchimie, c’est génial.
Gwen : Quel est le morceau le plus personnel ?
Camille : Night Lights a effectivement un côté très perso, très intime. Après, le morceau qu’on a composé tout spécialement pour l’album c’est Limbo. Pendant l’enregistrement de l’album, on a été contactés par une peintre, Justyna Koziczak, et en regardant son portfolio on est tombés sur une toile représentant Virgile et Dante (NDLR : La Divine Comédie) descendant aux enfers et qui avait pour titre Limbo. Elle nous a énormément inspirés et ça tombait bien, nous ne savions pas encore quoi mettre sur la pochette.
Colin : On a ressorti des vieux riffs, mis pas mal de choses en forme, mais ça a été très vite en studio. Les paroles parlent de cette toile, les lignes mélodiques ont été trouvées également facilement.
Gwen : Sur scène, quel morceau aimez-vous partager avec votre public ?
Camille : Limbo, car on a une scénographie, on reprend pas mal de codes des années 70.
Colin : Moi je préfère les morceaux plus simples comme Changes où je prends un malin plaisir, alors que sur Limbo il faut rester très concentré.
Gwen : Vous préparez une tournée européenne et surtout pas mal de dates sur la péninsule ibérique ? La scène revival est-elle plus développée là-bas ?
Camille : Tout à fait, déjà il y a pas mal de lieux où jouer, il y a un public, un label spécialisé. C’est notre cinquième tournée là-bas et pas mal de nos fans se trouvent là-bas. Pour ce qui est des autres dates, on a l’Angleterre, l’Allemagne, les pays scandinaves…
Colin : Donc comme tu l’as dit, on prépare la tournée européenne.
Gwen : Donc pas mal de nouvelles dates vont être annoncées ?
Camille : Plein de dates vont être annoncées début janvier.
Colin : En novembre, on a balancé une première fournée de dates, la deuxième arrive. On est content et c’était un challenge, car ces dernières années nous avons plutôt tourné avec KOMODRAG et peu avec MOUNDRAG, car c’est plutôt ce projet qui a explosé en France et on était focus dessus. Merci à l’équipe de tourneurs avec qui on bosse.
Gwen : Vous avez hâte, je suppose ?
Camille : Oui, on sait que ça va être crevant, mais on va retrouver des anciens fans, des copains, de nouveaux fans.
Colin : Là, on part déjà 35 jours et pas de tour bus, on tourne en van, ça va être chouette.
Gwen : Les années 70 font-elles partie de votre quotidien autre que musicalement ?
Camille : Déjà de manière vestimentaire.
Colin : La peinture surréaliste de ces années-là, le cinéma, la littérature, le fantastique, le psychédélisme, etc.
Camille : On n’est pas nés à la bonne époque.
Gwen : Selon vous, était-ce mieux avant ?
Camille : Ce n’était pas forcément mieux avant, mais il y avait une autre forme de liberté.
Colin : On peut tout de même être content d’être Français, à notre époque pas de guerre, les acquis sociaux, etc. Même s’il y a des choses à changer, il faut sortir, faire des expos, faire de l’art. Mais j’aurais kiffé voir tous ces groupes qui nous ont inspirés en live.
Camille : Et que si on avait pu faire Woodstock, on t’aurait dit « bah oui, c’était mieux avant » [rire].
Gwen : Pour finir, on peut parler de votre side project « KOMODRAG and the MOUNODOR » ?
Colin : C’est une aventure, c’est même l’aventure. À la base, c’est surtout faire de la musique avec les copains sans se prendre la tête, c’était une blague, et… ça a marché à fond : un album en 2023, concerts, tournée. Là, on fait une pause, pour nous concentrer sur MOUNDRAG et les copains pour se recentrer sur KOMODOR. Mais on reviendra, c’est sûr avec KOMODRAG.
Gwen : Merci à vous.
