
Le groupe KHEOS a pris le temps de répondre à nos questions à l’occasion de la sortie de leur album « Oxymore » qui paraîtra le 4 mars 2026.
Si « Oxymore » était une image physique, s’agirait-il d’un « iceberg brûlant » ou d’une « explosion silencieuse » ? Laquelle de ces deux énergies domine l’album ?
Nous aimons beaucoup les métaphores, et notre chanteur en parsème souvent les textes.
Si nous devions choisir, « Oxymore » serait plutôt une explosion silencieuse.
Il explose dès le début avec « Immortal Warfare », puis la tension s’installe. Elle oppresse presque, jusqu’à redescendre progressivement et atteindre sa conclusion avec le dernier titre, qui apporte une forme de répit introspectif.
C’est une chaleur contenue, une pression intérieure plus qu’un chaos visible.
Nous sommes en 2026, à l’ère de la précision algorithmique. Quelle « erreur » ou quelle imperfection humaine avez-vous délibérément choisi de laisser sur cet album pour qu’il reste vivant ?
À l’ère de la précision numérique, nous avons justement cherché à préserver l’humain.
Le chant est l’endroit où nous avons volontairement gardé des aspérités. Certaines prises conservent une fragilité, une tension réelle, parfois même une légère imperfection.
Nous voulions que l’émotion passe avant la perfection technique. Trop lisser aurait retiré une part de vérité.
Votre nom, KHEOS, évoque le chaos originel. À quel moment précis de la création de cet album le chaos s’est-il transformé en une harmonie évidente ?
Chez KHEOS, le chaos fait partie du processus.
Nous partons souvent d’idées très différentes, parfois opposées, sans chercher à les cadrer immédiatement.
Le moment où le chaos devient harmonie, c’est lorsque ces idées commencent à dialoguer naturellement entre elles. Quand un riff, une orchestration ou une ligne vocale trouvent leur place sans forcer.
La collaboration avec Chris Wiseman a joué un rôle clé dans cette étape. Il a su canaliser cette énergie brute sans l’étouffer, et transformer cette matière dense en quelque chose de cohérent.
Quelle chanson a été la plus éprouvante à terminer, celle que vous aimiez autant que vous détestiez durant sa composition ?
Étonnamment, “Solitude of Kaonashi” a été l’un des morceaux les plus complexes à finaliser.
Musicalement, il paraît simple, mais c’est souvent ce qui est épuré qui demande le plus de justesse. Chaque détail compte.
À l’inverse, un morceau comme “We Are Chaos” a été un véritable défi technique. Rapide, exigeant, presque physique à composer. Il y avait un côté presque masochiste dans le processus, mais aussi un vrai plaisir à repousser nos limites.
Vos paroles semblent souvent dire le contraire de ce que la mélodie suggère. Est-ce une volonté de perdre l’auditeur ou de le forcer à écouter deux fois ?
Ce n’est pas une volonté de perdre l’auditeur, mais plutôt de l’impliquer.
Nous aimons créer un contraste entre ce que la musique suggère et ce que les paroles racontent. Une mélodie agressive peut porter un texte fragile, et inversement.
Cette tension fait partie de l’ADN de l’album. Elle invite à une seconde écoute, non pas pour comprendre, mais pour ressentir différemment.
Dans un groupe, l’oxymore, c’est souvent « l’unité multiple ». Quelle est la règle d’or chez KHEOS pour que vos différentes personnalités ne s’annulent pas, mais s’additionnent ?
Notre règle d’or est simple : ce qui sert le groupe passe avant l’ego individuel.
Nous sommes en autoproduction, donc chacun apporte ses compétences, qu’elles soient musicale, technique ou organisationnelle.
L’équilibre vient du fait que personne ne cherche à imposer sa vision seul. Nous confrontons les idées, parfois intensément, mais toujours avec le même objectif commun.
Quelle place accordez-vous au silence dans cet album ? Est-ce pour vous un instrument à part entière ou simplement une respiration entre deux morceaux ?
Le silence est un outil à part entière sur cet album.
Il permet de créer de la tension, d’accentuer un impact ou de laisser respirer une émotion.
En live, il devient encore plus puissant, surtout lorsqu’il est synchronisé avec notre travail sur les lumières. Le silence peut parfois être plus violent qu’un mur de son.
Si on devait écouter « Oxymore » dans un lieu totalement décalé par rapport à votre musique (par exemple, une église pour du metal, ou un club pour de la folk), lequel choisiriez-vous pour une expérience optimale ?
Les Arènes de Nîmes.
L’idée d’un lieu chargé d’histoire, presque solennel, face à l’énergie brute des breakdowns, créerait un contraste fort.
Le choc entre l’architecture millénaire et l’intensité du metal correspondrait parfaitement à l’esprit d’ « Oxymore ».
On ressent des influences très organiques mêlées à des textures très futuristes. Si vous deviez envoyer cet album dans une capsule temporelle, s’adresserait-il aux humains de 1926 ou à ceux de 2126 ?
Nous viserions 2126.
« Oxymore » mélange des textures organiques et des éléments très modernes. Il trouverait probablement plus naturellement sa place dans un futur où les frontières entre humain et technologie seront encore plus floues.
Un premier album est une carte de visite que l’on traîne toute sa vie. Quelle est la phrase, dans tout l’album, que vous espérez voir tatouée sur un fan dans dix ans ?
“We are chaos – Chaos will prevail.”
Parce que c’est une affirmation autant qu’un constat. Elle résume l’énergie de l’album et notre manière d’assumer nos contradictions.
Vous sortez cet album en mars. Si vous pouviez choisir le sentiment exact que ressent un auditeur seul avec son casque à la première écoute, lequel serait-ce ?
Nous aimerions que l’auditeur se sente happé.
Qu’il ait l’impression d’entrer dans quelque chose de dense et immersif, qui ne se révèle pas immédiatement, mais qui donne envie d’aller jusqu’au bout.
Maintenant que l’Oxymore est né, quelle est la prochaine contradiction que KHEOS compte explorer ?
Aujourd’hui, notre contradiction est très concrète : rester indépendants tout en cherchant à élargir notre portée.
Musicalement, nous travaillons déjà sur le prochain opus. Il sera probablement plus sombre, plus direct, peut-être plus brutal encore, mais toujours traversé par nos contradictions.




