
Entre deux dates de sa tournée 2026, SIERRA VEINS m’a accordé un entretien téléphonique pour échanger sans détour autour de sa vie d’artiste.
Bonjour SIERRA, déjà avant toute chose, comment vas-tu ?
Ça va très bien franchement, je suis contente d’être en tournée, il recommence à faire beau [rires].
Tu viens d’enchaîner plusieurs dates au Royaume-Uni. Comment se sont passés ces concerts ? Quel accueil as-tu reçu ?
J’avais déjà fait plusieurs dates au Royaume-Uni, à Birmingham et à Manchester. Ça s’est très bien passé, c’étaient de super dates. On affichait complet à Manchester, et à Londres c’était bien rempli aussi, avec un public super énergique.
Vois-tu une différence par rapport au public français ?
Franchement, non. Déjà, entre Manchester et Londres, j’aurais du mal à comparer. D’un concert à un autre, l’énergie peut être totalement différente et je n’arriverais pas à faire une étude sociologique entre les pays, il y a trop de variables. En tout cas, c’était une très bonne expérience. J’adore jouer à l’étranger et en Angleterre, il y a quelque chose de spécial : ce sont toujours des dates un peu à part.
Depuis quelques jours, tu postes des dessins que tu as réalisé – trait blanc sur fond noir. Tu mentionnes que tu as arrêté le dessin quand tu as commencé la musique et que l’envie t’est revenue comme un besoin de te reconnecter. Peux-tu nous en dire plus ?
En fait, j’ai toujours énormément dessiné. Depuis que je suis enfant, c’est ma passion absolue, je m’enfermais des journées entières dans ma chambre à ne faire que ça. Quand on regardait des films, c’était en dessinant. Au lycée, j’ai pris des options d’arts plastiques et je voulais même faire les Beaux-Arts. Finalement, je me suis un peu perdue dans ce que je voulais faire, je suis partie dans autre chose, du plus classique. Mais le dessin a été un moyen de m’exprimer pendant très longtemps. Et quand j’ai commencé à me mettre à la musique électronique, à monter mon projet SIERRA VEINS, ça m’a pris tellement de temps et d’énergie que toute ma créativité est passée là-dedans. Le dessin n’était plus vraiment présent, à part quand je faisais des moodboards pour créer mes visuels d’album. C’était au service de ma musique et non plus juste pour le plaisir. À la fin de l’année dernière, après avoir fait beaucoup de dates et sorti mon album, j’ai fait une bonne pause où j’ai coupé les réseaux et j’ai eu envie de faire des choses différentes. J’ai beau être passionnée par ce que je fais, c’est un métier qui est très prenant. Alors je me suis forcée à faire autre chose, j’ai ressorti mes crayons et du papier et je me suis remise à dessiner. Puis, j’ai eu l’envie de partager ça, parce que c’est une manière d’exprimer des choses que je ne dirais pas autrement. Je ne suis pas du genre à me dévoiler et à partager mes émotions personnelles, je le fais plutôt à travers ma musique. En tout cas, ça me fait vraiment plaisir d’avoir repris le dessin et je pense que je vais continuer.
Ça se ressent dans ta voix que tu prends plaisir à dessiner de nouveau ! Ce qui m’a frappé également, c’est le trait blanc sur le fond noir, ce n’est pas si courant.
Ça a toujours été mon truc. Mon premier EP, Stranger Valley (2017), est en noir et blanc parce que j’avais commencé à faire des croquis de ce style-là. J’ai montré mes derniers dessins à des copains et la première chose qu’ils m’ont dite, c’est : « Ah, c’est trop toi ! ».
Tu parles également des difficultés auxquelles tu fais face en tant qu’artiste. Il n’est pas si courant que ces difficultés soient évoquées, même si l’on parle de plus en plus de santé mentale chez les artistes. Pourquoi voulais-tu mettre en avant cet aspect-là ?
Je me sens parfois en décalage avec ce que je montre sur les réseaux et ce que je ressens vraiment. Non pas que je mente, parce que tout ce que je dis, je le pense, mais ce n’est pas complet. C’est génial d’être sur scène, j’adore être en tournée, je suis passionnée par mon métier, mais derrière, il y a tout un monde qu’on ne s’imagine pas. Ce n’est pas vendeur de le partager, je le sais, on a toujours envie de montrer qu’on a des vies magnifiques et géniales. Bien sûr, quand on a du succès, il faut le dire et ne pas en avoir honte. Mais parfois, je me sens un peu hypocrite, ou du moins incomplète, parce qu’il y a aussi le revers de la médaille. Autant on vit des moments incroyables, autant il y a de la fatigue, ça coûte de l’argent, il y a des déceptions, de la pression, du stress. Autour de moi, on en parle beaucoup avec mes amis producteurs et compositeurs. Et pourtant, sur les réseaux, on voit tout l’inverse. Genre : « Merci pour ce concert, c’était génial », alors que nous, on sait que la personne était très stressée, pas bien. Je ne dis pas qu’il faille raconter à tout le monde quand ça ne va pas, mais je n’ai pas non plus envie de faire semblant que tout est parfait. L’exprimer en dessin, c’est une manière de dire les choses de façon artistique et de partager une partie de ma vie, sans être non plus en mode « face cam ».
Finalement, c’est un peu comme pour tout le monde. Sur les réseaux, tu veux montrer le meilleur de toi-même, le meilleur de ta vie, alors qu’en fait, tu peux être en train de traverser un moment difficile. Ça me semble d’ailleurs important que les artistes parlent de plus en plus de santé mentale, parce qu’on idéalise leur vie en se disant qu’ils rencontrent plein de gens, qu’ils voyagent, qu’ils vivent leur passion. C’est essentiel de comprendre aussi les difficultés derrière. Je pense notamment au spleen d’après-tournée, quand tu vis des émotions ultra-fortes et que ça redescend d’un coup.
C’est tout à fait ça. J’ai décidé de partager cet aspect parce qu’il manquait une partie du propos. Je n’ai pas non plus envie que mes dessins n’évoquent que ça, mais si j’ai besoin de partager des émotions, je ne m’en cacherai pas. Et c’est vrai qu’on peut idéaliser notre métier, car on vit des moments incroyables, à être payée pour faire de la musique. Sauf qu’on ne se rend pas compte de ce que cela implique. Je le vois même avec mes proches, qui sont surpris par la charge de travail. C’est intéressant de partager la réalité derrière les paillettes.
On est dans un monde où l’on a besoin de bienveillance et montrer des phases différentes, ça incite aussi les personnes en face à avoir de l’empathie.
J’avais un peu peur de ça, je ne parle pas beaucoup de moi sur les réseaux. Sortir de ce cadre pour me livrer un peu plus, je ne savais pas trop où ça allait m’amener. En tout cas, j’ai eu l’envie de le faire.
Le dessin va-t-il devenir plus présent dans ton futur travail artistique ?
Je pense que oui. Plus le temps passe, plus je ressens l’envie de lui accorder de la place. Maintenant, je ne sais pas si ça va durer sur le long terme, peut-être qu’autre chose prendra le relais, comme la vidéo par exemple. Actuellement, je cherche comment amener le dessin dans mon projet musical. J’y réfléchis encore, je prends mon temps. Pour le clip de Gone, j’ai travaillé avec des dessinateurs et on est partis sur du cinéma d’animation. Je me demande dans quelle mesure je pourrais le faire moi-même, avec mes propres compétences. En tout cas, j’avais besoin d’un autre moyen de m’exprimer que la musique.
Justement, avec la reprise des concerts, chaque date impose un rythme et une intensité. Comment te prépares-tu pour cette tournée ?
Mal [rires] ! À chaque reprise de tournée, je me dis que je n’ai pas fait assez de sport, que je n’ai pas assez dormi. Ma préparation dépend vraiment : ça change si j’ai beaucoup de dates d’affilée ou pas. Ça passe aussi par des choses très pratiques. Ce n’est pas du tout sexy, mais c’est s’assurer d’avoir un appart agréable et clean dès que je rentre, d’être au taquet sur les lessives… Après, je me laisse porter. Là, je reprends les concerts demain : hier je suis allée me faire masser, ce soir je vais aller nager un peu. J’essaie de reconnecter avec mon corps et de préparer le terrain pour que, quand je rentre, je puisse me reposer tout de suite. Le sport, la détente, ça me permet d’éviter d’arriver sur scène avec un torticolis ! Je suis quelqu’un d’hyper pratique, je me dis que quand l’aspect pratique roule, tout le reste va rouler. Il y a des situations qui me stressent, d’autres pas du tout. Je sais que quand toute l’orga est carrée, que je monte sur scène sans problèmes techniques et que tout est bien en place, ma performance est décuplée.
Contente de revenir défendre ta musique sur scène ?
C’est toujours un plaisir de jouer. Ça n’a pas toujours été le cas, ça n’a pas toujours été facile, mais aujourd’hui, c’est un vrai plaisir.
Quels sont tes projets pour 2026 ?
Pour l’instant, je suis vraiment focus sur le live, j’enchaîne beaucoup de dates et j’aurais du mal à faire plusieurs choses en même temps. Je compose quand même à côté, je travaille sur des remix, sur de nouveaux sons. Je ne sais pas ce que ça donnera : peut-être que dans deux mois, je me dirai que c’est nul et ça finira à la poubelle ! C’est la période où, au final, tout est possible, je décide de ce que j’ai envie de faire. C’est assez excitant ! Je n’ai rien de concret à annoncer, mon actu tourne évidemment beaucoup autour du live et de mon album qui est sorti il y a quelques mois [In the Name of Blood – 2025]. Je n’ai pas envie de me lancer trop vite dans autre chose, j’ai envie de prendre le temps de savourer cette sortie. En tout cas, j’aurai des choses cool à partager bientôt.
Merci SIERRA VEINS pour son temps pour répondre à mes questions.
Vous la retrouverez en tournée en France et dans plusieurs festivals cet été. Ne la ratez pas !





