
Le trio GRANDMA’S ASHES composé d’Eva (chant / basse), Edith (batterie) et Myriam (guitare) m’a accordé une interview à l’occasion de la sortie de leur nouvel album, BRUXISM (VERYCORDS), aux sonorités New Wave et grunge, guidé par le besoin de porter toujours plus haut une parole enragée et engagée.
Hello les filles, je suis super heureuse de vous retrouver ce soir pour parler de votre nouvel album BRUXISM qui sort le 24 octobre 2025 ! Avant tout chose, comment allez-vous à quelques jours de la sortie ?
Eva : On a hâte ! On a tellement travaillé sur cet album, on l’aime tellement et on commence tout juste à le défendre sur scène, on a hâte de le partager avec notre public. Le teasing a été vraiment bien reçu, les singles sont déjà sortis et maintenant il reste les gros morceaux à dévoiler. On sait que ça va taper fort.
J’ai eu la chance de pouvoir écouter en exclusivité votre nouvel album à l’occasion d’une chronique. Ce qui m’a frappé de prime abord, ce sont les tonalités très brutes de cet album, ainsi que l’univers très industriel et fataliste – très éloigné du précédent opus, THIS TOO SHALL PASS. Qu’est-ce qui vous a entraîné sur cette voie ?
Eva : A chaque fois qu’on compose, on s’inspire de ce que l’on vit toutes les trois, on parle de nos expériences individuelles. Pour l’album précédent, on était confinées donc on vivait des choses douces, tristes, amères. Aujourd’hui, on vit des choses brutes, difficiles comme le métro, se faire casser la gueule en manif’, le climat politique, la rudesse de la tournée parfois, la routine quotidienne, le climat économique, le fait d’être des femmes intermittentes, qui vivent à Paris où la vie est chère. Cet album parle de toutes ces petites violences quotidiennes qui, mises bout à bout, deviennent un gros morceau à digérer.
J’ai trouvé également que cet album avait des airs d’opéra rock-metal, construit à la Starmania, construit en plusieurs actes, chacun introduit par l’ouverture d’un rideau.
Myriam : Quand on a pensé la tracklist, on a juste essayé de mettre les morceaux dans un ordre qui nous paraissait logique – à part les titres “Sufferer” et “Nightwalk” qui se suivent et qui ont été pensés comme deux morceaux en un seul. C’est vrai qu’on débute par des morceaux plus pop, plus rock et plus on avance dans l’album, plus il y a des atmosphères plus dark. On est parti des petites violences subies au quotidien qu’on évoque dans “Sufferer” et on est allé chercher au plus profond de nous-même.
Edith : On voulait laisser de côté l’aspect narratif de THIS TOO SHALL PASS et d’y mettre nos histoires individuelles. Nous n’avions pas conscience d’aller chercher si profond, au début ça nous a même fait un peu peur, parce qu’on se demandait si ça allait être une force ou non. Et c’est marrant que tu parles de rideau parce que ça fait partie de notre future scénographie !
Le dernier morceau de l’album, “Dormant”, se termine comme une impression de terre brûlée, de solitude intense. Le final est brutal et n’apporte pas de réponses aux interrogations portées par l’album. On est obligé de le réécouter pour essayer de trouver de nouvelles pistes.
Myriam : Cet album c’est un cri de ras-le-bol par rapport à ce que l’on vit au quotidien. On refuse la vie lissée du “métro-boulot-dodo » mais on n’apporte pas de réponse, on dit juste qu’on refuse cette vie que la société nous impose, on hurle de rage et on se casse. Mais pour aller où ? On ne sait pas.
Eva : Le dernier morceau il est à nu, comme tu as dit, il ne reste plus rien, on est juste putain de désespérées. On dit simplement : on n’en peut plus, au revoir ! Même en termes d’interprétation, on présente une palette très large de ce que l’on sait faire, il est en même temps triste et décharné. On est ravie de l’avoir mis à la fin de l’album, pour qu’il laisse les gens sur leur faim. La fin est volontairement brutale pour mettre un point final à toute cette mélancolie romantique qu’on colle sur ce qu’il se passe autour de nous.
Myriam : Effectivement, on passe du quotidien au début de l’album à une balade nocturne avec “Nightwalk” où on se dit “merde, la vie est neutre !” jusqu’à “je me sens mal dans mon corps” puis “on va mourir !”
Vous avez travaillé avec le producteur Canadien Jesse Gander, qui a collaboré notamment avec BRUTUS. Comment s’est passée cette collaboration ?
Toutes les trois : ON L’ADORE !
Myriam : C’est notre doula !
Edith : On adore BRUTUS, comme nous c’est un powertrio avec un son hyper puissant qui nous fascine. On s’est demandé qui allait enregistrer cet album, on voulait changer de ce qu’on avait fait jusqu’à présent. Quand on l’a rencontré, ça a été un coup de cœur immédiat, entre sa façon de parler musique et son côté très humain. Il prend les groupes pour en faire la meilleure version d’eux-mêmes, il nous a pris la main pour nous tirer vers le haut sans jamais compromettre le groupe ou nous censurer. Il nous a tout autorisé.
Eva : Il a vraiment cru en nous, en nous accompagnant sur toutes les facéties qu’on voulait réaliser, sans jugement.
Myriam : Il nous a poussé vers certaines directions sur lesquelles on avait des doutes, comme de passer de morceaux pop à des morceaux growlés. Il nous a conseillé de pousser tous les curseurs à fond et d’assumer à 100%.
Eva : A nos doutes, il répondait simplement par “I think it’s awesome!” – bon OK, allons-y !
Edith : Tout était simple et fluide avec lui.
Eva – j’ai trouvé qu’il y avait eu un gros travail sur ta voix, avec des tonalités que je n’avais jamais entendues venant de toi. Je pense notamment aux titres “Flesh Cage” ou encore “Dormant”. Qu’est-ce qui t’a inspiré cette transition ?
Eva : On a vu beaucoup de concerts avec des artistes féminines très fortes, que je n’avais pas eu comme modèles quand j’ai commencé à chanter. Il y a des artistes féminines qui arrivent sur la scène metal qui sont très inspirantes et qui permettent un empowerment énorme – comme Tatiana Shmayluk de JINJER ou bien Courtney LaPlante de SPIRITBOX. Il faut aussi arrêter de moquer les artistes qui montrent de la puissance épique, comme Alissa White-Gluz d’ARCH ENEMY ou d’autres chanteuses de powermetal en armure par exemple – alors qu’on ne se moque pas des artistes masculins du pagan metal ! J’ai fini par prendre des cours de chant, j’avais vraiment envie de faire ça, j’étais frustrée en live de rester dans un registre très clean pour le chant. Au HELLFEST l’an passé, de jouer devant ce type de public et de me dire que j’étais incapable de donner autre chose que du Mylène Farmer, ça m’a fait chier ! J’étais trop timide, j’avais peur. Mais maintenant, c’est une part de ma féminité que j’ai envie de montrer et d’assumer. Le fait de considérer mon corps comme un instrument à part entière et de ne plus me dire que je fais juste des sons qui sont jolis mais qu’aujourd’hui je peux faire des sons saturés qui font peur, ça fait vraiment du bien. Ca floute les limites entre les genres.
Myriam : Lors d’une précédente interview, on parlait du fait d’être une femme, d’être féminine sur la scène rock-metal, on est assez limité au final : on est soit des riot girls, soit des femmes hyper sexy, soit des femmes fragiles et jolies soit des ogresses. Nous trois, on a envie d’avoir la liberté de montrer une autre manière de performer sur scène. Les gens se posent plein de questions sur nos manières, nos postures, sur le fait d’être des femmes ou non, car ce n’est pas encore très répandu. Ça peut même rendre les gens mal à l’aise parce qu’on ne joue pas comme des femmes.
Eva : Il y a une démonstration de force inattendue dans le cliché de la perception de la féminité qui est de plus en plus présente dans la scène metal, entre puissance, agressivité, peur – des caractéristiques qui ne sont traditionnellement pas liées à la féminité – et ça fait énormément de bien de pouvoir expérimenter ça en tant que femme artiste.
Vous avez entamé une grande tournée en France il y a quelques jours, il y aura notamment la date à l’Elysée Montmartre le 28 mars prochain, en compagnie de SUN. Contentes de retrouver la scène ?
Edith : Oui, ça fait du bien !
Eva : On est contente de retrouver notre public, de lui montrer des choses différentes. Quand on a composé l’album, on a vraiment pensé à ce que ça donnerait en live et pour l’instant, on est heureuse de voir les réactions du public. On a produit des morceaux qui sont tellement jouissifs à jouer sur scène !
On a un peu parlé tout à l’heure de la scénographie de vos concerts, à quoi peut-on s’attendre ?
Eva : La scénographie est très explicite, on l’a axée sur un univers très industriel. On est parti de l’idée “usine / abattoir / boucherie”, avec des rideaux rouges, offrant un jeu de transparence avec lequel on joue, ça rend l’atmosphère très inquiétante. On a travaillé avec quelqu’un sur les lights pour travailler sur les contrastes. On a voulu déconstruire une image de la féminité qu’on avait auparavant, il n’y a plus les roses et les petites fleurs, vous allez flipper !
Quel titre de BRUXISM avez-vous le plus envie de défendre sur scène ?
Eva : Je dirais “Dormant”.
Myriam : Oui moi aussi “Dormant”. On a reçu un accueil incroyable à Petit Bain sur ce titre.
Edith : Il y a aussi “Neutral Life Neutral Death” avec la partie encodeur. C’est l’une des chansons les plus épurées que l’on ait faites, je ne pensais pas qu’on en était capable. On a senti que les gens étaient touchés par cette chanson alors qu’elle était assez calme et triste. En fait, j’adore jouer tout le set car il y a les deux extrêmes qui se côtoient et ça m’émeut !
Eva : “Neutral Life” c’est la première chanson avec GRANDMA’S ASHES où je lâche ma basse, je suis seule au micro avec les filles qui jouent à côté, ça me fait trop flipper et d’un autre côté, c’est exceptionnellement bon de pouvoir m’approcher du public, d’être à leur contact et de jouer de mon instrument vocal pleinement pour changer. C’est vraiment un album qui fait du bien à interpréter sur scène, je me sens libre à 100%, je ne suis même plus dans mon corps.
Un dernier mot pour clôturer notre interview ?
Eva : Continuez à soutenir la scène locale et les minorités qui font de l’art, plus que jamais vu le contexte actuel.
Edith : Rendez-vous à l’Elysée Montmartre en 2026 !
Je remercie Eva, Myriam et Edith d’avoir réalisé cette interview pour parler sans détour de leur nouvel album et de la place des artistes féminines dans la scène metal. Précipitez-vous sur BRUXISM le 24 octobre prochain et retrouvez le trio sur scène dans toute la France dès à présent.





